‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 146 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

résidence royale, où il l'avait précédée de quelques jours. Pendant ce temps, la princesse dona Juana se rendait à Aranjuez avec les princes de Hongrie. Don Carlos resla seul de la famille royale à Madrid (*). Il n'en était pas fâché : au contraire, il lui semblait que, en l'absence du roi, il y était le maître: il allait chaque soir souper à la casa real del Campo, lieu de plaisance situé en face du palais, sur l'autre rive du Manzanarès. La natation était un de ses goûts favoris ; il s'y livrait souvent en compagnie de don Juan d'Autriche, qui continuait d'être avec lui dans les meilleurs termes ( 2 ). Du reste, il menait à Madrid sa vie habituelle ( 3 ). A la fin du mois de juin, il partit pour le château de Valsain, où toute la famille royale fut bientôt après rassemblée.

La reine accoucha heureusement d'une fille dans la nuit du il au 12 août. La cour attendait l'événement avec anxiété, car, depuis plusieurs jours, Elisabeth souffrait d'une fièvre tierce. Sa délivrance

roi lui-môme y étant tombés malades en 4566, il n'y retourna presque plus aprè3 cette époque.

(') Lettre d'AJonso de Laloo au comte de Homes, écrite de Madrid, le 29 mai 4566, dans Montigny's leven en dood, de M. Van Vlobt, Bylage, p. 4 . — Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, écrite de Madrid, le 5 juin.

(*) Au mois de septembre suivant, au château de Valsain, don Juan devint quasi perclus des bras et des mains, pour s'être trop fréquemment baigné, avec don Carlos, en une petile rivière passant dans le bois deSégovie. (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 44 septembre 4 566.)

( 8 ) « £1 principe nuestro senor siempre ha estado aqui, y le parece que en ausencia del padre es suijuris. El haze la vida acostumbrada. Va cada dia ceuar à la casa del Campo, donde tambien se bana.... » (Lettre d'Alonso de Laloo, du 29 mai 4566.)

ne dissipa pas entièrement les craintes qu'on avait conçues; la fièvre durait toujours; elle se changea même en tierce-double, et, le 19 août, l'état de l'auguste princesse fut assez grave pour qu'on la crût à deux doigts de la mort ('). Elle ne tarda toutefois pas à se rétablir.

Certain désormais de la fécondité de sa femme, Philippe II accueillit l'enfant qu'elle venait de mettre au monde avec autant de joie que si elle lui eût donné un fils ( 2 ). Il désigna don Carlos pour en être le parrain; la marraine qu'il choisit fut sa sœur, dofla Juana. Le baptême fut administré à la princesse, le 25 août, dans la chapelle du château, par l'archevêque de Rossano, Giovanni-Battista Castagna, nonce du pape, et qui devint pape lui-même, vingt-cinq ans après, sous le nom d'Urbain VII ( 3 ) : telle était la débilité physique de don Carlos, que don Juan

(') C'est l'expression dont se sert Fourquevaulx, dans une dépêche à Charles IX, du 23 août 4566. — Tisnacq écrivait à Viglius le 22 du même mois : « Nous nous sommes icy, ces jouis passez, trouvez, depuis « l'accouchement de la royne, en grand doubte de sa disposition et « reconvalescence, ayant esté lundy dernier en extrême dangier, voire « sy avant, comme se m'est dict, qu'elle a esté oneques en l'aultre « maladie qu'elle eust passé deux ans. » ^

(*) • Je fus, vendredy dernier, seiziesme de ce moys, féliciter la naissauce de l'infante à Leurs Majestés Catholicques... » Le roy catho-

licque (après la délivrance de la reine) voulsit voir l'infante et la feit veoir à la royne sa femme, puis s'en alla à la chapelle remercier Dieu fort dévotement, disant à tous qu'il estoit le plus content prince du monde, et trop plus aise d'avoir une fille que si ce fût un infant.... • (Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 48 août 4566.)

( 3 j Lettre de Tisnacq à Viglius, du 29 août 4566. — Lettre de Courtewille à Viglius, du 30 août.

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