CHAPITRE X
velles instructions. Le conseil en référa à la gouvernante; selon lui, les placards devaient être appliqués seulement aux relaps, dogma liseurs, ministres , à ceux qui avaient prêté leurs maisons pour y tenir des prêches, et il fallait pardonner aux autres ( ! ) En 1562, il y avait au château de Tournay une douzaine de prisonniers pour cause d'hérésie ; dans le nombre étaient quatre jeunes filles et quatre jeunes garçons. Tous étaient pertinaces, et par conséquent passibles de la peine de mort. Les officiers du bailliage demandèrent à la gouvernante qu'il leur fût permis de différer de cinq ou six mois la prononciation de leurs sentences, et, dans cet intervalle, de faire endoctriner les prisonniers par des ecclésiastiques, pour les ramener à la vraie foi : « car, lui disaient-ils, ce n'est pas chose que « l'on ne doibve bien peser, que d'envoier légière- « ment, sans meure considération, à perdition éter- « nelle les âmes de onze ou douze créatures pour les- « quelles, aussy bien que pour nous,nostre Seigneur « et Sauveur a respandu enthièrement son sang ( 2 ). » Quand, après avoir été admonestés par le gouvernement à plusieurs reprises , les juges ordonnaient une exécution capitale, le peuple en murmurait tout haut ( 3 ). et il ne s'en tenait pas toujours là : au mois d'octobre 1564, à Anvers, un moine apostat, Chris-
f 1 ) Lettre du 4 septembre 4561 . (Archives du royaume.)
(*) Lettre du 42 décembre 4562. {Ibid.)
( 3 ) Le 24 septembre 1562, les officiers du bailliage de Tournay écrivaient à la duchesse de Parme que, lors de l'exécution de Guillaume Cornu, « y eubt grande exclamasse et murmure, et apparence de « tumulte. » {Ibid.)
lophe Fabricius, ayant été condamné au supplice du feu par sentence des échevins , des huées se firent entendre contre l'exécuteur, et des pierres lui furent jetées ('). Plus d'une fois, des attroupements tumultueux avaient arraché des mains des officiers de justice des protestants qu'ils conduisaient en prison ( 2 ), et, en J561 à Messines, en 1562 à Valenciennes, des détenus condamnés pour hérésie avaient été délivrés par force. La surveillance qu'exerçaient les magistrats sur les prisons n'était pas d'ailleurs bien minutieuse, et, soit connivence, soit incurie de leur part, il arrivait fréquemment que des prisonniers prévenus d'attentat contre les édits sur la religion s'évadassent ( 3 ). Les inquisiteurs n'étaient plus respectés ( 4 ). En dépit des édits royaux, les magistrats dont ils récla-
( l ) Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VIII, pp. 236, 425, 442.
Des historiens rapportent que des billets écrits avec du sang furent répandus, où Ton menaçait ceux qui avaient pris part à la condamnation ou à l'exécution de Fabricius; ce fait est démenti par les margrave, bourgmestres et échevius d'Anvers qui, le 22 novembre 4564, écrivaient à-la duchesse de Parme : « Ne trouvons aulcuns billetz conte- « nantes telles menasses, ou escriptz de sang, avoir esté semez ou « affixez. « (Archives du royaume, reg. Correspondance d'Anvers, 4564-4568.)
(*) Notamment à Tournay et à Anvers, en 4562.
( 5 ) Voir, entre autres, la lettre de la duchesse de Parme au grand bailli de Gand, du 45 juin 4560, touchant cinq anabaptistes qui, le jour de la Pentecôte, s'étaient évadés de la prison de cette ville. [Correspondance de Philippe II, etc., t. II, p. 479.)
On lit, dans l'instruction donnée à Berghes et à Montigoy, le 29 mai 4566 : « Quand aulcuns cri mmelz chargez d'hérésie estoient prisonniers, « l'on les gardoit ung an, deux ou trois, sans en faire cbastoy, et soua vent Ton les laissent eschapper de prison.... »
( 4 ) Hopperus, Mémorial, 2« partie, chap. VIII.