CHAPITRE X
niaient le concours se refusaient à le leur prêter, et l'on vit même, à Bruges, le bailli de l'inquisiteur Titelmans arrêté et conduit en prison, avec ses sergents, par ordre des échevins, pour avoir pris un bourgeois suspect d'hérésie (*).
Le principe de la tolérance religieuse se propageait de plus en plus dans le pays (*) : une grande partie de la noblesse, de la jeune noblesse surtout qui avait étudié dans les universités d'Allemagne et de France, était à cet égard en communauté de sentiments avec le peuple et la bourgeoisie. Tel de ces jeunes gentilshommes n'hésitait pas à dire : « Je suis vassal du « roi et son serviteur; je lui donnerai ma fortune et « ma vie ; je mourrai pour son service : mais mon « âme, qu'a le roi à y voir ? qu'est-ce que cela lui fait, « si je la veux donner au diable (*)? » Les seigneurs du conseil d'État, dans leurs conversations avec les membres des conseils privé et des finances, donnaient clairement à entendre qu'il fallait, suivant eux, octroyer la liberté de conscience à chacun en sa maison, et la communion sous les deux espèces ( 4 ). Même au au sein du conseil privé, il y avait des ministres qui
(*) Lettre de fray Lorenzo de Villavicencio au roi, du 20 septembre 4564. (Archives de Simancas, Estado, leg. 526.)
(*) Dans un mémoire envoyé au roi au commencement de 4565, fray Lorenzo disait : « En todos Ios Estados pretenden ... libertad de reli- « gion, que viva cada uno como quisiere, y impunicion dehereges ...»
( 8 ) « Hay cavalleros que dicen a : Yo soy vassallo del rey y su servi - « dor, y le daré mi hacienda y vida, y moriré por su servicio^ Mascon « mi anima que tiene el rey que ver? Si yo la quiero dar al diablo, que « se le da al rey ? » (Mémoire cité en la note précédente.)
(*) Hopperls, Mémorial, chap. III.
étaient d'avis qu'on n'usât plus de rigueur envers les hérétiques (').
Le pays cependant se dépeuplait d'une manière effrayante. Tous ceux que frappaient des sentences de bannissement, ceux qui se voyaient l'objet de poursuites criminelles ou craignaient de le devenir ( 2 ), ceux enfin qui voulaient confesser en liberté la croyance qu'avaient embrassée leurs cœurs, allaient chercher un refuge à l'étranger, et ils y portaient leurs biens, leur industrie, leur trafic, avec leur haine pour le gouvernement qui les forçait d'abandonner leur patrie. L'Angleterre était le pays qui donnait asile au plus grand nombre ; on n'estimait pas à moins de vingt mille, en 1563, le nombre des Flamands qui s'étaient établis à Londres, à Sandwich et dans les environs ( 3 ).
(*) Lettre de Viglius à Granvelle, du 27 avril 4565, dans les Archives ou correspondance inédite de la maison d'Orange-Nassau, t. I, p. 370.
(*) Un seul exemple fera voir combien le nombre en était considérable. Dans un rapport du 4 janvier 4562, des commissaires du conseil de Flandre envoyés dans la Flandre occidentale disent qu'ils ont banni trente-trois personnes de la paroisse de Kemmele, cbâtellenie de Warneton; qu'ils en ont banni vingt à Messines; qu'ils ont résolu d'en bannir cent soixante-treize de la ville et chAtellenie de Bailleul, et en ont ajourné soixante-deux, qui se sont retirées en Angleterre. » (Correspondance de Philippe //, ele , t. Il, p. 487.)
Nous lisons encore, dans une lettre du 2 novembre 4561, écrite à la duebesse de Parme par les commissaires qu'elle avait envoyés à Toumay, que, à l'occasion des arrestations ordonnées par eux, « plusieurs corn- « pliceset suspeetz se rendent journellement fugitifz, transportant leurs « meubles à Anvers et ailleurs ; que le mesme advient en plusieurs « lieux, spécialement dans la Flandre occidentale, d'où ils se retirent en « Angleterre ; que d'autres, après avoir demeuré en Angleterre, passent • à Francfort, Emden, Wesel, Strasbourg, etc. ^(Archives du royaume.)
( 5 ) Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 247.