CHAPITRE X
Et ce h'était pas seulement une perte irréparable pour les Pays-Bas que ces émigrations incessantes, c'était aussi une menace et un danger : car les émigrés, en même temps qu'ils sollicitaient les Anglais de les aider à rentrer dans leur pays, ne négligeaient rien pour exciter leurs amis qui y étaient demeurés à se soulever contre la domination du roi d'Espagne (').
L'état des finances n'était pas moins inquiétant que celui de la religion.
Il était dû aux soldats qui avaient servi dans les dernières guerres quatre millions de florins. Le gouvernement avait imaginé, pour se libérer envers eux, d'ouvrir une grande loterie , dont le bénéfice était évalué aux deux tiers environ de celte somme ; ils auraient fait L'abandon de l'autre tiers : mais cette opération n'était praticable que si le trésor d'Espagne fournissait deux cent mille écus pour en couvrir les frais et constituer des prix de nature à exciter le public à y prendre part ( 2 ).
Les villes de Flandre avaient prêté leur crédit au roi pour la levée de différentes sommes. Le roi, qui avait promis de les en décharger, n'accomplissait pas
( ! ) « D'aultre part, sçait S. M. comme Ton baesté ung temps et l'on est encoires avec les Anglois, y esta us de ce costé réfugiez par milliers des subgectz d'icy, à cause des sectes, qui journellement sollicitent nonseullement lesdicts Angloys pour les ayder à remettre et restituer en leurs maisons, mais aussi ceulx qui sont encoires par deçà à faire quelque commotion pour par ce boult y pouvoir retourner.... » (Instruction donnée au comte d'Egmont le 23 janvier 4565.)
( 2 ) Lettres de la duchesse de Parme au roi, des 42 mars 4563 et 40 avril 4565. (Reg. Correspondance avec Philippe II, 4562-1568.)
sa promesse. A la fin de 1564, elles restaient redevables de plusieurs centaines de mille florins, et leurs bourgeois se voyaient, à Anvers et ailleurs, journellement exposés à des poursuites dans leurs personnes et dans leurs biens ( l ).
Il avait été fait, aux Pays-Bas et en Allemagne, sur des lettres données par les receveurs des revenus royaux, des emprunts dont le chiffre excédait trois millions cinq cent mille florins. Les prêteurs sollicitaient instamment afin d'être remboursés ; ceux d'Augsbourg, d'Ulm et de Nuremberg entretenaient même, à cet effet, un agent spécial à Bruxelles ( 2 ). Le gouvernement était sans aucune ressource pour les satisfaire.
Il n'avait même pas les moyens de subvenir aux besoins ordinaires de l'Etat.
Le pays n'accordait de subsides que pour le payement des compagnies d'ordonnance et des troupes qui avaient remplacé les Espagnols dans les places frontières, et ces subsides présentaient encore un déficit annuel que les finances espagnoles devaient combler ( 3 ).
Le produit des domaines , qui en d'autres temps avait couvert les dépenses de l'administration, était
(*) Lettres de la duchesse, des 44 aoûl 4562, 45 février et 7 août 4563, 29 mars 4564, 24 janvier 4565. (Reg. Correspondance avec Philippe II, 4562-1568.)
(*) Lettres de la duchesse, des 45 février 4563 et 8 octobre 4564. [Ibid.)
( 3 ) Il était de 4 4 0,000 florins : c'est ce que, dans les dépêches officielles du temps, on appelle le court.