‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 166 sur 170 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'Espagne. Le roi était au bois de Ségovie; il alla l'y trouver. Philippe II lui donna plusieurs et de très-longues audiences (*).

Les rapports, les conseils, les exhortations de fray Lorenzo ne furent certainement pas sans influence sur les résolutions que prit le roi ( 2 ), et qu'il signifia à la duchesse de Parme par des lettres datées du 17 et du 20 octobre 1S6S.

La substance de ces résolutions était telle :

Le roi, ayant vu l'écrit des évêques, des conseillers

et des théologiens, ne trouvait pas, comme eux, qu'il

fût à propos d'adoucir le châtiment des hérétiques ;

il persistait à exiger que les placards de l'empereur

(') Tisnacq écrivait à Viglius, de Ségovie, le 25 septembre 4565 : « îl « s'est icy trouvé ung religieux espaignol augustiu que tiens estre « celluy qui a escript contre le pensionnaire de Bruges, et ne l'a y veu, a qui s'est trouvé par plusieurs fois auprès de Sa Majesté et a heu, à a chasque, des audiences de deux ou trois heures, seul avec icelle. L'on « présuppose qu'il aura fait ample discours et relation de ce que passe « par delà, non-seullement sur ce de la religion, mais sur tout ce de * î'Estat et gouvernement, et cecy est icy, du moins pour la généralité «. de ce rapport, comme chose vulgaire ; et, à ce que m'a dit le sieur «< Vandenesse (aide de chambre du roi), il auroit aussy de luy-mesme « entendu pluisieurs particularitez. Je pense qu'il pourroit bien estre « homme, comme sont pluisieurs aultres, pour s'avancer de dire ce « qu'il sçait et ce qu'il ne sçait.... »

(*) « Je ne faiz doubte — mandait Tisnacq à Viglius le 24 octobre — comme pouvez aussi bien présumer, il y aura eu quelques consul leurs ou consufteur de par deçà, et aussy informateur de ce que peult passer par delà, et ay opinion que le religieux duquel escripviz dernièrement, que n'ay oncques veu, y aura esté grant part.... »

Fray Lorenzo écrivait lui-même, après son retour aux Pays-Bas, au mois de février 4566, que le public le regardait comme l'auteur et la cause de toutes les mesures prises par le roi. (Cotrespondance de Philippe //, etc., t. II, p. xxi.)

son père et les siens fussent observés strictement , et, s'il y avait des juges qui n'osassent ou ne voulussent pas les observer, il commandait qu'on les lui désignât, pour qu'à leur place il en établît d'autres « de plus de cœur- et de meilleur zèle ('). » La prééminence que la gouvernante et les seigneurs lui proposaient d'attribuer au conseil d'État sur les conseils privé et des finances, était chose si grave et si nouvelle qu'il croyait devoir y penser encore ( 2 ). Il ne lui paraissait pas nécessaire d'augmenter le nombre des membres de ce conseil, les assemblées les plus nombreuses étant ordinairement celles où il y avait le plus de confusion ( 3 ) ; toutefois il consentait à nommer un sixième conseiller ( 4 ), et c'était le duc d'Arschot qu'il avait choisi. Il invitait sa sœur à faire exécuter incontinent ce qu'il avait ordonné, dans des dépêches précédentes, à l'égard de plusieurs anabaptistes ( 5 ), et d'en

(*) Apostilles sur l'écrit des évêques, etc.

(*) « .... Por ser cosa de tal calidad y nueva y que no be vislo yo en essos Estados, quiero mirar mucho'en ello — » (Lettre du 20 octobre : Arch. de Simancas, Estado, leg. 525.)

Le fait est qu'il n'en voulait pas. Déjà il avait écrit à sa sœur, le 3 avril 1565, que ce serait faciliter aux seigneurs les moyens de se rendre maîtres do tout : « Séria abrirles un camino muy lia no para « que, con vuestra mano y autoridad, ellos se apoderasen y hiciesen « patrones de todo. »

( 3 ) « .... Me paresce que, aviendo cinco en el consejo d'Estado, de la calidad que son, no convernia que buViesse mas, pot que donde bay muchos no puede dexar de haver confusion.... » (Lettre du 20 octobre.)

(*) Les cinq autres étaient le prince .d'Orange, le comte d'Egmont, le comte de Bornes, le baron de Berlaymont et le chef et président Viglius.

( 5 ) Par une dépêche datée du 43 mai 4565, à Valladolid, il avait prescrit à sa sœur de faire punir du dernier supplice six anabaptistes prisonniers qui avaient sollicité leur grâce, eu alléguant leur repentir.

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