‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 168 sur 170 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'opinion se répandit généralement que le roi y voulait établir par force l'inquisition d'Espagne , dont le nom seul, comme l'évèque de Namur le marquait au cardinal de Granvelle, était en horreur aux habitants de ces provinces (*); on disait qu'il faisait lever dans ce but dix mille Allemands qui seraient commandés par le duc Eric de Brunswick, et sept mille Espagnols ( 2 ). A Anvers, à Bruxelles et dans d'autres villes, des écrits furent affichés et semés où la religion catholique était vilipendée, où l'on s'attaquait ouvertement à l'autorité royale. Déjà les idées de résistance commençaient à se répandre parmi les masses ( 3 ). La cherté excessive des grains, la misère dont souffraient les classes nécessiteuses par la stagnation de l'industrie et du commerce, ajoutaient à la fermentation des esprits. Un soulèvement était d'autant plus à craindre que le gouvernement ne pouvait compter sur les troupes, dont la solde était arriérée de vingt-sept mois ( 4 ).

L'irritation des seigneurs était au comble. Non-

(*) Correspondance de Philippe //, etc., t. I, p. 385.

(*) Lettre de fray Lorenzo de Villavicencio à Gonzalo Perez, du 25 décembre 4565. (Archives de Simancas, Estado, leg. 529.)

Eu rapportant ce bruit, fray Lorenzo ajoute : « Esta fama no sola- « mente anda entre el vulgo, mas los grandes la creen y publican. »

( 8 ) Viglius écrivait à Granvelle le 20 décembre 4565 : « .... Desjà se « publie partout que le roy veult introduire l'inquisition dEspaigne ; « que, si J'on veult faire observer les placcarts, il y aura une terrible *« effusion de sang, laquelle Ton ne pourra plus comporter ; et l'essayant, « Ton verra qui sera le plus fort.... » (Archives de Simancas, Estado, leg. 528.)

(*) « .... Dovendosi alla gente di guerra due anni et tre mesi di paga.... » (Lettre delà duchesse de Parme au roi, du 9 janvier 4566.)

seulement le roi n'avait pas tenu compte de leurs remontrances sur l'inquisition et les placards, nonseulement il n'avait eu nul égard aux changements qu'ils réclamaient dans l'organisation du conseil d'État, mais encore, en nommant un nouveau conseiller, il n'avait accepté aucun de leurs candidats : il avait préféré à ceux-ci le duc d'Arschot, qui avait tenu le parti du cardinal de Granvelle et s'était toujours montré en opposition avec eux. La plupart des gouverneurs déclarèrent sans détour à la duchesse de Parme qu'ils ne voulaient pas contribuer à faire brûler cinquante ou soixante mille personnes ('). Le prince d'Orange lui écrivit que , si le roi « persistoit sur « ceste inquisition et exécution des placcartz, » il désirait être remplacé dans ses charges ( 2 ). te marquis de Berghes lui renouvela la demande, qu'il avait faite à différentes reprises, de sa démission ( 3 ). Le comte d'Egmont lui dit à part, et ensuite en plein conseil, qu'il ne répondrait pas à sa dépêche, ayant fait savoir là-dessus son opinion au roi, mais que, si Sa Majesté se fut trouvée aux Pays-Bas, il aurait remis entre ses mains les gouvernements qu'elle lui avait confiés, comme il l'eût fait, quand il fut en Espagne, s'il avait

(') « La maggior parte di questi signori che tengono governi mi hanno detto liberamente che non vogliono essere ministri ne essecutori di far abbruziar ci n quanta o sesenta mila persone.... » (Lettre de la duchesse au roi, du 9 janvier 4566.)

(*) Lettre du 24 janvier 4566, écrite de Breda, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 440.

(») Lettre du 8 janvier 4566, écrite de Mons. Voy. Correspondance de Philippe II, etc., t. I,p. 386.

Page 1