CHAPITRE II
plus grande parlie de sa vie et fini ses jours. Don Garcia de Tolède aurait souhaité, puisque le prince devait quitter Valladolid, que ce fût pour vivre auprès de l'empereur dont la surveillance aurait exercé sur lui une influence salutaire (') : il se mit toutefois en mesure d'accomplir les ordres du roi, et envoya à Tordesillas le docteur Veja, accompagné de don Hernando de Rojas, majordome du prince, afin qu'ils s'enquissent de l'état sanitaire de cette ville, ainsi que de ce qu'il y aurait à faire au palais, pour l'approprier à sa nouvelle destination ( 2 ). Les rapports du médecin et du majordome ne permirent pas qu'il fût donné suite aux ordres du roi : ils avaient constaté que Tordesillas comptait une foule de personnes atteintes de fièvres et de léthargies ( 3 ).
L'été de 1SS7 avait été excessivement chaud en Castille ; un vent du nord très-âpre y signala le commencement de l'automne. Cette révolution dans la température occasionna un grand nombre de maladies : les deux tiers des habitants de Valladolid en souffrirent; don Carlos eut la fièvre. Dans le même temps, plusieurs personnes notables moururent en cette ville. Don Garcia de Tolède en revint alors à
( 1 ) « Bien quisiera que la mudanza del principe fuera à estar cerca de V. M<*, porque entiendo que le conviene mucho tenelle en parte donde V. M<* le vea y comunique muchas vezes.... » (Lettre de don Garcia de Tolède, du 29 juillet.)
(») Lettres de don Garcia de Tolède, du 29 juillet et du 27 août 4557, ci-dessus citées.
( 3 ) « Hallaron hartos enfermos de tercianas y modorras. » (Lettre du 27 août 1557, ci-dessus citée.)
Tidée de transférer ailleurs la demeure du prince. La situation sanitaire des environs de Valladolid était plus mauvaise encore que celle de la capitale : il fit explorer Toro, Rioja, Burgos ; il envoya même jusqu'à Vitoria, pour savoir en quel état étaient ces différentes localités ('). Lorsqu'il eut reçu les renseignements qu'il désirait, il réunit les médecins de Valladolid : cette fois encore ils opinèrent, et unanimement, pour que le prince ne changeât point de résidence, car, dirent-ils, il ne régnait point dans la ville de maladie contagieuse, et l'on n'y voyait aucune apparence de peste ( 2 ).
Don Carlos avait beaucoup grandi, depuis l'arrivée de l'empereur en Espagne ( 3 ), Si nous voulions en croire son aumônier, Francisco Osorio, les développements de son intelligence et de sa raison auraient égalé ses progrès physiques ( 4 ). Mais des témoignages
( f ) Lettre de don Garcia de Tolède à l'empereur, du 6 octobre 4557. (Archives de Simancas, Estado, leg. 449.) — Retraite et mort de Charles- Quint, etc., t. II, p. 252.
(*) Lettre de don Garcia de Tolède à l'empereur, du 46 octobre 4557. (Archives de Simancas, Estado, leg. 449.)
( 3 ) « El principe crece mucho, » mandait Quijada à l'empereur, de Valladolid, le 23 mars 4558. [Retraite et mort de Charles-Quint, etc., t. II, p. 354.)
Déjà, le 27 août 4557, don Garcia de Tolède lui avait écrit : « El prin- « cipe esta crecido harto. » (Lettre citée ci-dessus.)
Il lui écrivit encore, le 8 juillet 4558 : « Paréceme que, de très meses « a esta parte, el principe ha crecido de manera que se le echa bien « de ver. » [Coleccion de documentos inédùos, etc., t. XXVI, p. 409.)
(*) Dans une lettre datée du 20 février 4558, à Valladolid, Osorio, après avoir dit au roi que don Carlos était allé visiter la princesse dona Juana à Cigales, ajoutait: « El mismo dia se bolvio à continuar su a estudio, y en esto y en todo gana cada dia lo que se puede desear,