‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 27 sur 170 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pour batailler contre les Mores en Afrique, ou pour réduire les Gantois, qui ne voulaient pas reconnaître l'autorité de son gouvernement, tantôt enOn pour défendre les Pays-Bas , envahis par les Français d'un côté, et de l'autre par le duc de Juliers et de Gueldre, ou pour soumettre à ses lois les protestants indociles de l'Allemagne : il y avait douze ans et plus qu'il était parti la dernière fois de la Péninsule ibérique, lorsqu'il abdiqua. Philippe H, comme on l'a vu, en était absent aussi, au moment où il monta sur le trône.

Dans une si grande monarchie, de laquelle dépendaient plusieurs royaumes, et même un monde tout entier, l'éloignement prolongé du maître avait des conséquences funestes. Les affaires qui exigeaient des résolutions graves étaient ajournées (*); l'obéissance des vassaux se relâchait ; des ministres s'arrogeaient une autorité absolue, et distribuaient, au gré de leurs passions, les charges et les faveurs, faisant ainsi, dit un historien national, d'un Elat monarchique un gouvernement républicain ( 2 ) ; le pays, épuisé d'hommes et

( ! ) C'est ce qui arriva, notamment, après la perte de Bougie en Afrique, qui émut toute l'Espagne. Les royaumes de Castille, de Valence et de Catalogne offraient, pour la reprendre, de lever huit mille hommes et de payer 400,000 ducats; le cardinal-archevêque de Tolède, Siliceo, à l'exemple de son prédécesseur Ximenès , voulait se mettre à la tête de l'entreprise et y consacrer toutes ses ressources. Ces propositions furent envoyées à Philippe II, aux Pays-Bas : mais, dit Cabrera, « apretadoen « la provision de los negocios de Flandes, remitia la resolucion para • su venida. » (Felipe 11, liv. I, chap. VIII, p. 37.)

( a ) « Hazian de repûblica el gobierno de monarquia real los ministros absolutos, i mas los profesores deletras légales, en quien estaba la universai distribucion de la justicia, policia, mercedes, onras, cargas, en el colmo de poder i autoridad, etc. » [Ibid.)

d'argent par les secours ^u'il avait fournis à l'empereur dans ses guerres continuelles, résistait aux demandes, incessamment renouvelées, dont on l'accablait ( ! ).

Aussi, tous les ordres de la nation soupiraient-ils après l'arrivée du nouveau roi ; et , dès qu'on sut en Castille qu'une trêve avait été signée avec la France ( 2 ), des messages pressants lui furent envoyés aux Pays-Bas, afin qu'il ne différât plus son retour. La princesse dona Juana joignit ses instances à celles des corlès et des conseils ; pour leur donner plus de poids, elle députa à son frère don Fadrique Enriquez, majordpme du prince don Carlos ( 3 ).

Philippe II n'eût souhaité rien avec autant d'ardeur que de pouvoir se rendre au vœu qui lui était exprimé : il était pénétré de la nécessité de sa présence au centre de la monarchie, et puis il n'aimait que l'Espagne, il ne se plaisait qu'avec les Espagnols ( 4 ).

f 1 ) Dans l'instruction que Philippe II donna, le 5 juin 4558, à l'archevêque de Tolède , en l'envoyant en Espagne, il convenait lui-même que la nation espagnole avait raison de se plaindre ; il y dépeignait « los « delreino tan necesitados y descontentos, y no conpoca razon,viendo « que de tantos a nos â esta parte no se hace otra cosa sino sacar para « todas partes tan grandes y continuas sumas de dinero.... » (Retraite et mort de Charles-Quint au monastère de Yuste, etc., t. II, p. 434.)

( 2 ) Le 3 février 4 556.

( 3 ) Nous avons publié la lettre qu'elle écrivit au roi, le 43 juin 4556, dans la Retraite et mort de Charles -Quint, etc., Introduction, p. 203.

(*) « Non stima alcuna natione più che la spagnuola ; con questa si (rattiene, con questa si consiglia, con questa si governa ;.... fa poco conto degli Italiani et dei Fiammenghi, et manco dei Tedeschi.... » (Relation de Michèle Suriano, faite au retour de son ambassade, en 4559, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe 11, p. 4 29.)

Dans sa relation, faite en 4567, Antonio Tiepolo dit aussi que le roi Philippe « ama et stima sola la nation spagnuola. » (Ibid., p. 448.)

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