CHAPITRE III
Il l'avait bien prouvé- en faisant cette tentative dont nous avons parlé ailleurs, pour engager son père à demeurer aux Pays-Bas, tandis que lui il passerait dans la Péninsule ('). Mais la trêve récemment conclue n'était pas assez solide, ainsi que l'événement le fit voir, pour qu'il pût s'éloigner de ces provinces, sans les laisser exposées à de grands périls.
D'un naturel tout différent de celui de Charles- Quint, Philippe abhorrait la guerre ( 2 ). Obligé de prendre de nouveau les armes pour repousser l'agression de la France, il se promit bien de ne laisser échapper aucune occasion propice de mettre un terme aux hostilités. Sa bonne fortune voulut que des généraux entreprenants et habiles remportassent pour lui deux éclatantes victoires, celles de Saint-Quentin et de Gravelines. Le vaincu dut subir la loi du vainqueur : mais Philippe avoua, en confidence, à l'ambassadeur vénitien Michèle Suriano, que, si le roi de France n'avait pas demandé la paix, il l'aurait demandée luimême, car il la voulait de toute façon ( 3 ).
La paix faite et ratifiée ( 4 ), il restait à Philippe II à
(') Retraite et mort de Charles-Quint, etc., Introduction, p. 422.
(*) L'ambassadeur vénitien Giovanni Michel i, dans sa relation de 4557 sur l'Angleterre, s'exprime ainsi, à propos de Philippe : « Da ottimo « luogo so ch'egli di natura aborrisce la g u erra.... » (Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe 11, p. lxii.)
Federico Badoaro, dans sa relation aussi de 4 557, et Michèle Suriano, dans celle qu'il fit en 4559, se servent d'expressions analogues. (Ibid., pp. 42 et 428.)
( 3 ) Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe 11, p. 400, note 4.
(*) La paix de Cateau-Cambrésis, du 3 avril 4559.
régler le gouvernement des Pays-Bas. Le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, qui, après l'abdication de l'empereur, avait été chargé de la régence de ces provinces, ne pouvait plus la conserver; le traité de Cateau-Cambrésis venait de le rétablir dans ses Etats. Le roi le remplaça par Marguerite d'Autriche , duchesse de Parme, sa sœur naturelle, qu'il appela d'Italie; il institua un conseil d'Etat, où il fit entrer les seigneurs les plus considérables du pays, mais en recommandant à sa sœur de suivre tout particulièrement les avis d'Antoine Perrenot de Granvelle, évoque d'Arias ; il pourvut aux gouvernements particuliers des provinces et aux charges de capitaines des bandes d'ordonnance, qui étaient vacants pour la plupart ; il adressa des instructions aux conseils de justice^ afin qu'ils châtiassent sévèrement les délits commis contre la religion ; il posa les bases d'une nouvelle organisation ecclésiastique s il présida à un chapitre de la Toison d'or, où l'on remplit le nombre des chevaliers de l'ordre ; enfin il assembla à Gand les états généraux, et prit congé d'eux le 7 août 1559, après leur avoir présenté leur nouvelle gouvernante. Une flotte était, depuis plusieurs mois, rassemblée dans les ports de Zélande, pour le transporter en Espagne. Le 25 août, il mit à la voile de Flessingue, et, après une navigation heureuse, il débarqua à Laredo le 8 septembre ('). Le 14, il fil son entrée à Valladolid, au milieu des plus vives démonstrations
H Vandenesse , Journal des voyages de Charles-Quint et de Philippe II.