‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 43 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A la vue du danger que courait son fils, Philippell ordonna que des prières publiques fussent dites journellement dans toute l'Espagne, et qu'on fit, dans chaque ville, dans chaque village, des processions où Ton porterait le saint sacrement, avec les reliques que les fidèles avaient le plus en vénération ('). Lui-même il passa des heures entières, les genoux fléchis, à prier et à demander à Dieu qu'il lui conservât son unique enfant (*). Il voulut présider à toutes les consultations des médecins, quoiqu'il y en eût qui ne durèrent pas moins de quatre heures ('.). Il avait entendu parler d'un vieux chirurgien morisque de Valence qui, au moyen d'onguents de sa composition, faisait des cures merveilleuses : il lui envoya l'ordre de se rendre sur-le-champ à AÎcala ( 4 ). Dès le 2 mai, il avait pourvu à ce que le prince se confessât et reçût la communion ( 5 ).

Pendant toute celte crise, le roi prodigua à son fils

0) Vby., clans le tome XXVI de la Coleccion de documentes inédites para la hisloria de Espana, p. 443, sa lettre du 2 mai 4562 aux prieurs de Guadalupe et de Notre-Dame del Pilar, et aux abbés de Valvauera et de Monserrate.

(*) Lettre de l'ambassadeur de Venise, du 46 mai. — Relation jointe à une lettre écrite, le 23 mai 4 562, à la duchesse de Parme, par Je secrétaire Courtewille.

( 3 ) Il y en eut quatorze auxquelles il assista. Elles se faisaient de cette manière : le roi se plaçait dans un fauteuil, ayant à sa droite le duc d'Albe, à sa gauche don Garcia de Tolède , et derrière lui les personnes de sa cour, les médecins et chirurgiens étaient rangés circulairement vis-à-vis, sur des sièges. Don Garcia donnait la parole à celui qu'il voulait entendre. (Relation de Daza.)

(*) Lettre de l'ambassadeur de Florence, du H mai, déjà citçe. — Lettre de l'ambassadeur de Venise, du 46 mai.

(*) Lettre de l'ambassadeur de Florence, du 44 mai.

les soins les plus tendres, les attentions les plus affectueuses. Le comte Annibal d'Emps, neveu du pape Paul IV ('), qui était présent, disait à l'ambassadeur de Florence, quelques jours après, que voir le prince dans son lit , la pâleur de la mort sur le visage, avait élé certes un sujet de grande compassion , mais que voir le roi servir incessamment son fils, les yeux remplis de larmes, avait été un spectacle à faire pleurer les pierres ( 2 ). Le duc d'Albe aussi fit preuve d'un rare dévouement à son jeune maître. Depuis le jour de son arrivée avec le roi, il ne quitta pas la chambre du prince; il ne se dépouilla de ses vêtements que pour en changer; s'il prit quelque repos, ce fut en se jetant tout habillé sur un lit , dans les moments où le prince sommeillait ( 3 ). Don Garcia de Tolède n'apporta pas moins de zèle dans l'accomplissement de sa charge. Luis Quijada se donna tant de fatigue qu'il faillit en mourir. Honorato Juan , quoiqu'il relevât» à peine d'une longue et grave maladie, ne manqua pas d'assister un seul jour au pansement de son élève et aux consultations des médecins. Tous les serviteurs, en un mot, de don Carlos rivalisèrent de diligence et de sollicitude pour lui. Le pauvre prince, dans un des intervalles lucides qu'il eut pendant son délire, dit à son père que, s'il regrettait la mort, c'était surtout parce

(') Il était venu en Espagne, porteur de la permission accordée au roi, par le pape, d'employer une partie des biens de l'Église à l'entretiende cinquante galères pendant cinq ans. (Lettre de Tisnacq à laducbesse de Parme, du \0 février 4561 .)

(*) Lettre de l'ambassadeur de Florence, du H mai.

( 3 ) Ibid. — Relation de Daza.

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