‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 44 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

qu'il ne voyait pas d'enfant issu de son mariage avec la reine (*). Un des chirurgiens qui le soignaient , le licencié Dionisio Daza Chacon, a rendu, de sa patience et de sa douceur pendant sa maladie , un témoignage que nous devons reproduire : « S. À. — dit-il — montra « beaucoup de respect et d'obéissance à son père ; « toutes les choses que le duc d'Albe et don Garcia « de Tolède lui dirent de faire au nom de S. M., il « les fit sans la moindre observation , même dans les « moments où la raison l'avait abandonné. Il se prêta « de la même manière à ce que sa santé exigeait, «. étant si soumis aux prescriptions des médecins que, « à l'étonnement de tous, non-seulement il ne refusait « pas les remèdes , quelque désagréables et violents c( qu'ils fussent, mais encore, quand il était dan§ son « bon sens, il les demandait lui-même ( 2 ). »

L'Espagne entière s'associa à l'affliction de son roi. Partout les églises se remplirent dç gens qui venaient demander à Dieu , avec la plus grande ferveur, la guérison du prince, A Madrid, il y eut des processions, de jour et de nuit, où une foule de personnes se donnèrent la discipline, comme il était d'usage de le faire le jeudi saint. A Tolède, on compta jusqu'à

(*) Lettre de l'évêque de Limoges à Charles IX, du \\ mai 1562, dans Y Appendice A.

(*) « Mostrô S. A. gran obedienciay respeto a S. M., porque ninguna cosa de las que el duque de Alba ô don Garcia de Toledo le decian en su nombre, dejô de hacer con gran facilidad, aun en 16s dias del delirio. Lo que â su salud cumplia bizo de la misma suerte, siendo tan obediente é los remedios, que â todos espantaba, que por fuertes y recios, nunca rehusô, ânles, todo el tiempo que estuvo en su acuerdo, él mismo los pidiô »

trois nulle cinq cents disciplinants ( l ). Mais ce furent surtout la reine Elisabeth de Valois et la princesse dona Juanà qui firent paraître la douleur dont elles étaient pénétrées : les deux illustres femmes ne se bornèrent pas à assister aux processions qui eurent lieu dans la résidence royale ; elles passèrent une nuit tout entière à prier et à pleurer devant une image de la mère du Sauveur consacrée par la piété des fidèles, et qu'elles avaient fait apporter solennellement au palais ( 2 ). Dona Juana lit plus encore : elle alla le soir, pieds nus, par un froid inaccoutumé en Castille, jusqu'au monastère de Nuestra Senora de la Consol&cion fondé par elle ( 3 ). A la première nouvelle qu'elle avait eue de l'accident arrivé à son neveu , elle avait commadé au licencié Daza de l'informer, jour par jour, avec ponctualité , de l'état du prince.

Les Flamands et les Italiens qui habitaient Madrid mêlèrent leurs prières et leurs vœux à ceux de la nation : les Flamands s'étaient flattés de l'espoir d'avoir bientôt don Carlos pour gouverneur ; les Italiens attendaient de lui une amélioration de leur con-

(') Lettre de l'ambassadeur de Florence, du 44 mai. — Lettre de l'ambassadeur de Venise, du 46 mai. — Relation jointe à une lettre du secrétaire Courtewille à la duchesse de Parme, du 23 mai.

( 2 ) Lettre de l'ambassadeur d'Angleterre, du 42 mai 4562, dans V Appendice A. — Lettre de l'ambassadeur de Venise, du 46 mai.

( 3 ) Lettre de l'ambassadeur de Florence, du 44 mai.

Dona Juana avait fondé, en 4559, ce couvent, qui était de religieuses déchaussées, de l'ordre de Saint -François. Voy. d'Avila, Tealro de las yrandezas de Madrid, p. 286.

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