CHAPITRE IV
paupières, afin de donner issue aux humeurs qui s'y étaient amassées : on ne l'éeouta pas d'abord ; mais, comme il insista, les autres médecins cédèrent. Le résultat justifia la sagesse et l'opportunité de ce conseil : une matière abondante étant sortie par l'ouverture que fit un coup de lancette, le malade fut soulagé instantanément. Dès lors, l'inflammation disparut peu à peu, et don Carlos recouvra la vue. Le 20 mai, il eut le bonheur de se voir délivré de la fièvre ( 1 ). Philippe II repartit pour Madrid le lendemain, laissant l'ordre à don Garcia de Tolède de lui faire parvenir des nouvelles de son fils deux fois par jour ( 2 ). Il assista, le 24, avec le nonce et tous les ambassadeurs, à une procession solennelle qui eut lieu pour la convalescence du prince ( 3 ).
Il restait à guérir la plaie que don Carlos avait à
(') Le garde des sceaux Tisnacq écrivait, le 22 mai, à la duchesse de Parme : « S. A. s'en va amendant, de jour à aultre, de plus eu plus ; et « y a deux jours etdemy que les médecins dient qu'il ay testé sans quel- « que fiebvre, du moins que l'on ne s'appercevoit d'aucune. L'on luy a, « depuis le dernier dépescbe (du 47 mai), faict quelque ouverture des- « soubz les parpèbres des deux yeulx, comme l'on estimoit qu'il y avoit « quelque matière qui eust peu aultrement donner quelque mal, mes- « mes quelques fistules, et , après l'ouverture, ladicte matière en est « sortie : ce qu'a esté faict par le conseil du docteur Vezalius, qui avoit « esté de ceste opinion avec quelque suite, ores que les aultres avoient « tenu le contraire, assavoir : que le pourquoy n'y estoit.... »
La relation de Daza ne parle pas du conseil donné par Vésale.
(*) « Ledict seigneur prince s'est porté, de jour à aultre, de bien en mieulx, de manière que S. M., le tenant entièrement hors de danger, s'est retournée en ce lieu dès avant-hier soir. » (Lettre du secrétaire Courtewille à la duchesse de Parme, du 23 mai 4562.)
( 3 ) Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 25 mai 1562. — Lettre de Saint-Sulpice à Charles IX, du 4" juin.
i>0 DON CARLOS ET PHILIPPE II.
la tète, et il fallait y procéder avec d'autant plus de précaution , que le crâne avait été lésé par le trépan. Le 2 juin, le docteur Portuguès, le sondant avec un petit crochet (garabatillo), en enleva l'os, qui sortit sous la forme d'un cœur ( l ). A partir de ce moment, les médecins firent usage d'un emplâtre composé de cire et de céruse (emplasto geminis) ; ils pansèrent la plaie deux fois par jour : ils parvinrent ainsi à la cicatriser peu à peu. L'érésipèle qu'avait eu le prince lui avait laissé, en plusieurs endroits de la tête, des croûtes qui lui causaient de la démangeaison ; on la calma au moyen de graisse de porc cuite dans du vin blanc. On lui rasa aussi la tète, pour la nettoyer mieux.
Le 14 juin, don Carlos se leva pour la première fois ; il entendit la messe et reçut le saint sacrement. Le roi, qui avait passé à Alcala les deux derniers jours de mai, y vint encore le 16 juin, pour s'assurer, par ses yeux, de l'entier rétablissement de son fils : sa joie fut grande lorsqu'il vil, le matin, le prince entrer dans sa chambre , et il l'embrassa avec effusion. Le 29, fête de Saint-Pierre, don Carlos assista aux offices du couvent de Jésus et de Marie, où on lui montra le corps du bienheureux fray Diego, qui n'avait pas été réintégré dans son cercueil depuis qu'on l'avait porté au palais. A partir de cette époque, il
(') Relation de Daza. — • L'on a naguaires oslé à S. A. l'os quiavoit <• esté découvert par la seconde incision, qui est grand. S. M. partit « d'icy samedi 30 mai, pour aller reveoir son filz, et s'est de là relire en « Aranjuez « (Lettre de Tisnacq à la ducuessede Parme, du 8 juinl 562.)