CHAPITRE V
aux corlès deMonzon, en 1542, Philippe avait bien élé reconnu pour successeur à la couronne d'Aragon, mais seulement « après la mort » de la reine doua Juana, son aïeule, et du roi Charles, son père ( ! ).
La fièvre prolongée de don Carlos et la maladie qui fut la suite de sa chute à Alcala, ne permirent au roi de réaliser ses intentions, ni en 1560, ni les deux années suivantes ( 2 ). Quand son fils fut rétabli, il se vit arrêté par d'autres obstacles. Ce monarque, dont la puissance et les richesses faisaient l'admiration et l'envie de l'Europe, était dans des embarras d'argent continuels. Non-seulement ses revenus étaient engagés jusqu'à concurrence de près de vingt millions de ducats, mais encore il devait aux marchands d'Espagne, de Flandre et d'Allemagne sept millions de ducats empruntés à de gros intérêts ; la solde de ses troupes de terre et de mer était arriérée de plus de deux millions ( 3 ); depuis son départ des Pays-Bas, sa maison n'avait pas été payée ( 4 ) : en un mot, selon sa propre
f 1 ) Historias ecclesiâsticas y seculares de Aragon, por Vincencio Blasco de Lànuza, 4622, in-fol., 1. 1, p. 378 ; t. II, p. 3.
(*) Philippe écrivait à Granvelle, le 47 janvier 4I>61 : « El principe « va mejorando, aunque todavia le tiene su cuartana. Por una de las « cosas quedeseo que se le quite, es por Uevarle â jurar â Aragon.... » ; et le 6 octobre suivant : « Yo voy previniendo todo lonecesario para la « yda â Monçon al verano, aunque en la indispusicion del principe no « hay mejon'a* que vienemal â propôsito, etc. » (Papiers d'Étal du cardinal de Granvelle, t. VI, pp. 268 et 375.)
( 3 ) Voy., dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI, pp. 456 et suiv., le tableau de sa situation financière envoyée par Philippe II au cardinal, le 7 septembre 4560.
(*) Lettre de Philippe II à Granvelle, du 13 juin 4S63, dans les Papiers d'État, etc., t. VII, p. 83.
expression, il se trouvait sans un seul réal pour faire le voyage (*); et se montrer à ses peuples d'Aragon, de Catalogne, de Valence, en prince nécessiteux, c'était compromettre sa dignité et donner matière à des discours qui porteraient atteinte à sa réputation ( 2 ). Sa présence dans cette partie de ses Etats était pourtant indispensable : indépendamment de la réception du prince, il avait à y régler, de concert avec les cortès, des questions importantes pour la bonne administration du pays; il fallait aussi obtenir d'elles des subsides qu'elles n'avaient pas votés depuis onze ans. Il résolut donc de passer par tout, plutôt que de différer davantage leur convocation ( 3 ).
Il tenait en ce moment, à Madrid, les corlès de Castille, qu'il avait ouvertes en personne, le 25 février 1563 ( 4 ). Il s'était flatté que cette session ne serait pas de longue durée : mais il ne se contenta point de l'aide ordinaire de douze cent mille ducats, payable en trois années, qui lui fut accordée par les procuradoresj il voulut qu'ils lui fournissent un secours extraordinaire ( 5 ), et cette demande rencontra beaucoup de difficultés. Elles n'étaient pas levées
H « .... La mayor difîcultad que en esto ay, es no tener un real con que ir.... » [Papiers d'État, etc., t. VU, p. 83.)
( a ) « .... Alli no se sufre estar sin dinero y pasando las vergiienzas que aqui se pasan cada dia, aunque yo estoy determinado, quando no tenga otro remedio, de irme solo ô como pudiere, aunque no dexaré de ser de poca réputation, y dar que decir en todas partes.... « (Ibid.)
( 3 ) a .... Yo pasaré por todo y iré.... » [Ibid.)
(*) Lettre de Tisnacq à Viglius, du 22, et P. -S. du 26 février. — Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 27 mars.
( 5 ) Lettre de Philippe à Granvelle, du 43 juin 4563, citée plus haut.