CHAPITRE V
sanls de l'Etat. Il était de règle que les cor tes siégeassent journellement, de neuf à onze heures du malin, et de trois à cinq de l'après-midi : il demanda que, pour accélérer leurs travaux, elles y employassent defux heures de plus chaque jour, en entrant en séance le matin à huit heures, et l'après-dîner à deux ( l ).
La vérification des pouvoirs des députés et les autres formalités préliminaires qu'exigeait la tenue des cortes ne durèrent pas moins d'un mois ( 2 ). Ces opéralions terminées, l'assemblée entama l'examen des propositions royales. Avant d'en délibérer, elle décida que trois choses seraient réclamées du souverain : la première, qu'à l'avenir il choisit, aussi bien dans les pays de la couronne d'Aragon que dans les autres provinces de la monarchie, les officiers de sa maison ( 3 ); la seconde, que les gouvernements et offices principaux de ces pays, ainsi que des royaumes qui leur étaient adjoints (les Deux-Siciles, la Sardaigne, Majorque et
( f ) Lettre de Saint- Sulpice à Catherine de Médicis, écrite de Balbastro, le 44 octobre 4 563. — Lettres de Tisnacq à la duchesse de Parme et à Viglius, écrites d'Almunia, près de Monzon, le 45 octobre.
(*) Lettres de Tisnacq, du 45 octobre, déjà citées.
(*) Un des principaux griefs des Aragonais était la préférence exclusive que Philippe H donnait aux Castillans pour les charges de sa cour. Federico Badoaro, dans sa relation de 4557 au sénat de Venise, disait : « Ê il re da' Castigliani amato, per esser nato et nutrito tra loro, et per- « chè cuasi tutta la sua corte è piena di signori, cavaglieri et altra gente « diquel regno.... Ma ipopoli dei regni d'Aragon a, per non ricevere « de' simili gradi et beneficii , non li portano amore, anzi qualche « poco d'odio , stimando Taccrescimento de lf honori de 1 Castigliani un « diminuimento de! loro proprio, regoando odio mortale tradi loro.... » (Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, p. 67.)
Minorque), fussent réservés pour les naturels de ces pays et royaumes; la troisième, qu'il fût pourvu aux empiétements de l'inquisition, laquelle citait devant son tribunal, en une foule de cas qui étaient étrangers à la foi, des citoyens appartenants à tous les ordres de l'État ('). Ils firent aussi entendre des plaintes sur la conduite arbitraire et la mauvaise administration de don Garcia de Tolède, vice- roi de Catalogne ( 2 ).
Quelques jours après son arrivée à Monzon, Philippe II, donnant audience à l'ambassadeur de France, le S r de Saint-Sulpice, l'avait entretenu de la constitution des peuples d'Aragon, et il lui avait dit à ce sujet des paroles assez notables pour que l'ambassa-
f 1 ) Le 47 novembre 4563, Tisnacq écrivait à Viglius: « L'on dispute « fort de l'extension dont use l'inquisition en l'exercice de sajurisdic- « tion, attirant ungchascun, tant nobles qu'aultres, devant icelle, raes- « mes en toutes actions passives, soubz prétexte de pi ui sieurs offenses « et cas que entreviennent entre les susdicts et les familiers d'i celle « inquisition, ne concernant toutesfois le faict de la religion : ce que a « fort retardé le progrès. Ne sçay si l'on s'en sçaura facillement démes- « 1er, selon que les membres desdictes cortès ou estatz (à ce que entens) « insistent.... »
Les Aragonais, dans leur pétition relative à l'inquisition, s'exprimaient ainsi : « Y porque los inquisidores en muchas cosas y negocios han a puesto la mano fuera de los dichos casos (de heregia) y de lo que, en « virtud de la comision apostôlica, deben conocer, con mucho dano y « agravio de los regnicolas deste reino, verdaderos cristianos y fidelîsi- « mos vasallos de V. M. ; y como a V. M. toque amparar sus vasallos, « para que no se les haga agravio por jueces algunos, los cuatro brazos « del reino de Aragon humildemente suplican â V. M. sea servido pro- « veer en esto de suerte que semejantes agravios ni otros algunos se « hagan â los de este reino por los inquisidores que hoy son, ni los que « de aqui adelante fueren. » (Lafuente, Historia gênerai de Espana, t. XIII, p. 427.)
(*) Lettre de Saint-Sulpice, du 41 octobre, déjà citée.