CHAPITRE V. W
de foi. EUç s'en élait plainte souvent et amèrement, du vivant de l'empereur Charles-Quint (*). Ce qui la préoccupait surtout, c'était la crainte que la contagion de l'hérésie ne se communiquât à ses enfants ( 2 ). Leur départ pour l'Espagne la tirait d'inquiétude. Le roi, son mari, n'avait, à la vérité, parlé que du prince Rodolphe; mais elle ne doutait pas qu'il ne consentît à y envoyer aussi l'archiduc Ernest. Quant à l'empereur Ferdinand, il avait toujours souhaité la réconciliation de son fils et de son neveu ; il approuva donc de tout son pouvoir l'offre de Maximilien, et exprima le désir qu'elle se réalisât dans un bref délai ( 3 ).
Le courrier qui apportait ces nouvelles à Philippe II lui parvint dans un temps où elles devaient lui être particulièrement agréables. Des événements se passaient en France, qui lui causaient de vives et légitimes préoccupations. François II était mort te 3 décembre 1560; Antoine de Bourbon, roi de Navarre, venait d'être appelé à partager la régence avec Catherine de Médicis, pendant la minorité de Charles IX. De grands changements, politiques et religieux, tous au désavantage de l'Espagne, s'annonçaient sous le nouveau règne. Les Guise étaient écartés du pouvoir. Pans ces circonstances, il importait plus que jamais
( 1 ) Retraite et mort de Charles-Quint au monastère de Yuste, t. II,
pp. XX- XXVI.
( 3 ) « La reyna esta con el mayor contentamiento del mundo de aquesto, porque una de lascosas que mas afUgen â S. A. es pensar que no se les pegue algo con las companias de esta tierra... . » (Dépêche du comte de Luna, du 29 janvier 456.4.)
( 5 ) lbid.
à Philippe de resserrer ses liaisons avec la eour impériale. Aussi H écrivit au comte de Luna de hâter le départ des jeunes archiducs.
Dans l'automne de 1561, Maximilien annonça à l'ambassadeur d'Espagne que ses fils se mettraient en route au printemps ou, au plus tard, à la fin de l'été de l'année suivante ('). En attendant, il leur donna un maître dont les principes religieux étaient à l'abri de tout reproche; il prescrivit qu'ils se confessassent et qu'ils fussent, à tous égards, élevés en bons catholiques ( 2 ). Il s'appliqua à composer leur maison, pour leur voyage d'Espagne, de personnes que ne pût atteindre le moindre soupçon en matière de foi, nommant, pour leur ayo et grand maître, le baron Adam de Dietrichstein, qui devait aussi être revêtu du titre d'ambassadeur de l'empereur, en remplacement de don Martin de Guzman, et pour leur grand écuyer Marcantonio Spinola ( 3 ). Il écrivit à son beau-frère : « Nous gagnons tant à ce que mes fils, dès leur bas
(') Dépêche du comte de Luna à Philippe II, du 4 3 octobre 1561 , dans la Coleccionde documentes inédites, etc., t. XXVI, p. 445.
(*) « He holgado, y no poco, de lo que me avisais de la ôrdea que se ha dado en el maestro de sus hijos, y en que se confiesen y crien como deben.... » (Lettre de Philippe 11 au comte de Luna, du 28 janvier 4562 : ibid., p. 427.)
( 3 ) Lettres du comte de Lima à Philippe II, des 49 février, 30 mars et 46 août 4562. Les deux premières sont dans la Coleccion de documentes, inédites, etc., t. XXVI, pp. 430 et 439. La troisième est conservée aux Archives de Simancas, Estado, leg. 654 .
Dans celle du 30 mars, Luna louait beaucoup le choix fait du baron, de Dietrichstein, « porque — disait-il — es catôlico, y. agudo, y muy « bien entendido, y muy hombre de bien, casado con dona Margarita de « Cardona, y muy aficionado al servicio de V. M. »