CHAPITRE VII
de l'organisation de sa maison. Don Garcia de Tolède, ayo et grand maître du prince, était mort le 29 janvier de cette année (') : c'était son grand écuyer, Luis Quijada, l'ancien et fidèle serviteur de Charles- Quint ( 2 ), qui depuis lors remplissait provisoirement les fonctions du défunt. Philippe II , plus d'une fois déjà, avait eu à se plaindre de l'esprit d'indépendance de son fils et du peu de déférence qu'il lui montrait ( 3 ) : il lui parut important de placer auprès du prince quelqu'un qui lui fût tout dévoué. II conféra à Ruy Gomez de Silva la charge que le décès de don Garcia de Tolède avait rendue vacante ( 4 ) ; pour que
disait : « Par les dernières qu'avons d'Espaigne, du vi e de ce mois, l'on « nous advertist que monseigneur le prince se renforçoit de plus en « plus, et fréquentoit desjà le conseil d'Ëstat, à la grande satisfaction « d'ung chascun, pour le grand espoir qu'il donne et de sa personne et
• de son esprit. » (Archives du royaume, papiers d'État.)
Sur quel témoignage Marguerite de Parme faisait-elle cet éloge de don Carlos? Nous avons vainement cherché à le découvrir.
(') Archives de Simancas : Contadurias générales, 4 a época, leg. 4034 , Nominas originales de la casa del principe nuestro serior.
(*) Philippe II, comme nous l'avons dit (p. 73, note 4), Pavait nommé grand écuyer du prince, après la mort de l'empereur. Nous aimons à consigner ici les expressions de la lettre où le roi l'informait de cette nomination : « En lo que â vos toca, acordàndome de lo mucho, bien y « continuamente que servistes a S. M. y à mi , y a vuestros méritos y
• calidades, y lo que importa poner cerca del serenissimo principe, « mi hijo, persona tal como la vuestra, de quien tengo tanta satisfaa cion, e determinado elegiros y proveeros del cargo de su cavallerizo « mayor, etc. » (Arch. de Simancas, Estado, leg. 2.)
( 5 ) Saint-Sulpice écrivait à sa cour, le 42 juin 4564, que don Carlos commençait à se montrer « assez à rebours au roy et à ce qu'il luy ordon- « noit. »
(*) L'ambassadeur Saint-Sulpice étant allé féliciter le prince d'Eboli sur sa nouvelle charge, celui-ci lui répondit « que le roy son maistre « luy avoit voulu commettre ceste charge, pour la fiance qu'il avoit en
Quijada ne fût point blessé de celte préférence , il le fit conseiller d'État , et le gratifia, en outre, de la meilleure commanderie, parmi celles qui étaient disponibles (').
Issu d'une ancienne'et illustre famille de Portugal, Ruy Gomez de Silva élait venu enfant en Castille avec sa mère, à la suite de la princesse Isabelle, qui épousa Charles-Quint en 1S26 ( 2 ). L'empereur l'ayant admis au nombre de ses pages , il fut élevé avec le prince Philippe, et une grande intimité s'établit entre eux. Pour des raisons qu'on ignore , Charles-Quint jugea convenable un jour de l'éloigner de son fils : le prince
« luy, et pour estre prez de son filz jusques à ce qu'il serait maryé, car « lors sa femme prendrait le soing de luy. » (Lettre secrète du 7 octobre 4564,)
Lorsque l'entrevue de Bayonne entre la reine Elisabeth et la reinemère fut convenue, Saint-Sulpice, conformément à ses instructions, sollicita le roi afin que le prince d'Eboli accompagnât la reine. Philippe 11 lui dit • que, pendant ce voyage de Bayonne, le prince son filz debvoit « aller à Notre-Dame de Guadalupe, lequel il ne vouldroil fyer à homme * du monde que Ruy Gomez, et estoit dangier, s'il n'es toit tousjours « bien près de luy, qu'on ne le trouvast au retour là où on l'aurait laissé « au partir. » (Lettre secrète du 46 mars 4565.)
(') « .... Ya Vm. sabra como Su Mag d hizo mayordomo mayor de su hijo al senor Ruy Gomez, y à Luis Quijada bizo del consejo, y le dk> la mejor encomienda vacante.... » (Lettre de Gonçalo Perez à Juan Vazquez de Molina, du 26 août 4564 : Archives de Simancas, Estado, leg. 444.)
( 2 ) a Os Silvas tinham una grandeza que nâo possuia uenhuma outra familia de Eurona.... Ruy Gomes de Silva, d'esta mesma casa, senhor de algumas terras em Portugal, passou a Cas tel la ao serviço de dona Isa bel, mulher do emperador Carlos V. » (A. P. Lofes de Mendonça, Apontamentos para a historia da conquista de Portugal por Filippe II , dans les Annales des sciences et des lettres de l'Académie royale de Lisbonne, partie des sciences morales et politiques et des belles-lettres, t. 1, 4857 , p. 268.)