‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 85 sur 170 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

jours de suite il alla processionnellement, avec les princes de Bohême , les ambassadeurs et les grands ^ visiter les églises et les hôpitaux de Madrid. La situation de la reine était désespérée : ses médecins espa-^ gnols la regardaient comme perdue ; elle avait fait son testament, et l'on s'apprêtait à lui donner l'extrêmeonetion. Alors un médecin français de sa suite, le docteur Monguyon , demanda au roi l'autorisation de tenter l'emploi d'un remède dont les effets devaient être décisifs : l'ayant obtenue, il administra à l'auguste malade un purgatif d'agaric qui , en moins de .deux heures, produisit des résultats merveilleux. Elisabeth était sauvée. Quelques jours après, elle entra en convalescence ('). Notons ici, sans tirer de ce fait aucune induction, que, pendant sa maladie, Philippe II ne voulut pas permettre une seule fois à son fils de la voir, tandis que l'ambassadeur de France put l'approcher aussi souvent qu'il le désira ( 2 ).

Au mois de septembre , la fièvre reprit à don

(') Lettres de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, des 40, 49 et 25 août 4564. — Lettres de Tisnacq à Viglius, des 2 et 24 août. — Lettre de Courtewille à Viglius, du 26 août.

Courtewille s'exprime ainsi : * Par une fiebvre continue , elle (la « reine) a avorty au bout de sept jours , demeurant icelle tousjours , et « s'augmentant de jour à aultre, avecq divers accidens : de sorte que, « au boult du xvm«, Ton se trouvoit en désespoir de sa vie, et n'y eust « médecin qui n'y eust perdu le noort, si avant que l'on tenoit l'extrême- « unction preste en court pour la luy donner. Et , comme à une créa- « ture abandonnée , l'on hazarda , par consentement du roy , de luy « donner une purge bien forte en ung breuvaige, qui opéra de sorte « qu'il s'en ensuivit jusques à xxxii ou xxxm chambres : chose non « espérée, et de laquelle elle s'est trouvée mieulx.... »

( 2 ) C'est Saint-Sulpice qui l'écrit ainsi dans sa lettre du 49 août.

Carlos , et d'une manière assez sérieuse ; mais elle dura peu ( , ).

Ce fut vers ce temps ( 2 ) que Brantôme passa par Madrid , revenant de Portugal, Il s'y fil présenter à la cour, et le prince d'Espagne ne fut pas le personnage qu'il y observa le moins : « A mon petit juge- « ment, — dit-il — je le jugeois un jour grand, et luy « trouvois une très-bonne façon et bonne grâce , « encores qu'il eust son corps un peu gasté ; mais cela <c paroissoit peu. » Son témoignage est moins favorable au caractère et à la conduite de don Carlos : « S'il eust vécu, — c'est ainsi qu'il s'exprime — il « eust fait enrager son père, car il esloit fort bizarre « et tout plein de natretés ( 3 ). Il menaçoit, il frappoit, « il injurioit : si bien que don Ruy Gomez, fort favory « du roy d'Espagne, s'il en fut oncques, n'en pouvoit « jouir, et à toute heure il supplioit le roy de lui « oster ceste charge, et de la donner à un autre ; qu'il « en seroit très-aise ( 4 ). Mais le roy, se fiant en luy,

(*) Lettres de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 42 et du 27 septembre 1564.

(*) Nous trouvons la date précise dans une dépêche de Saint-Sulpice. Cet ambassadeur écrit , le 9 novembre 4564, à Catherine de Médicis , qu'il profite du passage par Madrid du seigneur de Bourdeille, revenant de Portugal, pour lui annoncer, etc.

( 3 ) Nalretée> ruses, détours. Dans plusieurs éditions de Brantôme, on lit : d'opiniâtreté.

(*) Ceci ne contredit pas absolument ce que nous avons avancé p. 458, car il est certain que, au commencement, don Carlos ne souffrait point Ruy Gomez. Je ferai observer toutefois que, dans la correspondance de Saint-Sulpice, il n'y a pas un mot qui puisse servir d'appui à l'assertion de Brantôme : or , l'ambassadeur de France était au mieux avec Ruv Gomez, dont il parle souvent.

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