‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 86 sur 170 · CHAPITRE VII. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. J

« ne voulut jamais ; et tousjours ce prince menaçoit

« son gouverneur qu'un jour, quand il seroit grand,

« il s'en repentiroit. Quant à ses autres serviteurs et

« officiers, quand ils ne le servoienl pas bien à son gré,

« il ne faut point demander comment il les estrilloit. » Brantôme ajoute : « Moy estant en Espagne, il me

« fut fait un conte de luy, que son cordonnier luy

« avoit fait une paire de bottes très-mal faites ; il les

« fit mettre en petites pièces et fricasser comme tripes

« de bœuf, et les lui fit manger toutes devant lui, en

a sa chambre, de ceste façon ( l ). Il aymôit fort à ribler

(') Ce que Brantôme donne ici comme un conte qui lui a été fait de don Carlos, Cabrera le rapporte d'une manière positive, comme un des griefs que le roi avait contre son fils : « -El rey avia mandado â don « Pedro Manuel que hiziese el menestral las votas para el principe « justas como él las traia, porque al contrario las queria don Carlos. Al « calçarlas con dificultad, diziendo que su padre mandé fuesen tan « estrechas (estando en Alcala), diô un bofeton â don Pedro Manuel, « i guisadas i picadas en menudas pie£as hizo corner las votas al « menestral. » (Liv. VIT, chap. XXII, p. 469.) 11 semble que, si ce fait révoltant avait été avéré , Brantôme se fût exprimé d'une autre manière. Et puis il est difficile de croire que Philippe II s'occupât de la dimension des bottes de son fils, à un âge surtout où ce dernier croyait pouvoir se permettre de donner des soufflets à un officier de sa cour.

Quoi qu'il en soit, cette anecdote du cordonnier forcé de manger le cuir des bottes faites par lui, passa dans les traditions populaires. On trouve, en un recueil de poésies (Dwersas rimas) d'Espinel, imprimé à Madrid, en 4894, p. 440, les vers suivants :

Hizo pues bien el olro eocinero

Que convidô à corner (por ser mandado)

Contra sa Tolnntad à on tapatero,

Y para regalar al' convidado,

Y mostrar variedad en la comida.

Le biio de unas botas un gaisado, La mejor cosa qne comiô en su vida.

(Voy. le Serapeum, année 4855, p. 433.)

M. de Castro regarde, comme une calomnie inventée par les conseil-

« le pavé (') et faire à coups d'espée, fust de jour, « fust de nuit : car il avoit avec luy dix ou douze « enfants d'honneur, des plus grandes maisons d'Es- « pagne, les uns les forçant d'aller avec luy et en faire « de mesmes, d'autres y allant d'eux-mesmes et de

« très-bon cœur Quand il alloit par les rues

« quelque belle dame, et fust-elle des plus grandes du « pays, il la prenoit et la baisoit par force devant tout « le monde, et il l'appeloit p....n, bagasse, chienne, « et force autres injures lui disoil-il. Celles qui le « venoient baiser à l'amiable, quand il leur disoit : « P....W, baisez-moy, il les caressoit plus modeste- « ment, en leur disant qu'elles estoient fort gracieuses * p....ns et vesses. Bref, il leur faisoit mille petits v< affronts, car il avoit très-meschante opinion de « toutes les femmes, et plus encore des grandes dames « que des autres , les tenaiit pour très-hypocrites et « traistresses en amour; qu'en cachette et sous les « rideaux elles estoient plus p..*.ns que les autres. « Bref , il estoit le fléau de toutes, fors de la royne, « que j'ay veu qu'il honoroit fort et respectoit, « car , estant devant elle , il changeoit du tout d'huit meur et de naturel, voire de couleur. Enfin il estoit « un terrible masle ( 2 ). »

lers de Philippe II contre don Carlos, l'anecdote du cordonnier forcé de manger le cuir de ses bottes. (Historiade los protestantes espanoles,

(') Riblerhpavé, « courir la nuit, comme font les filoux, les d£bau- « chés, les tralneursd'épée.... » (Dictionnaire de Trévoux.)

( 3 .) Brantôme, Œuvres complètes, édit. Buchon , 4838 , t. I , pp. 426 CJM27.

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