CHAPITRE Vit
Pie IV n'en crut pas moins devoir donner au fils du plus puissant et du plus zélé protecteur de l'Eglise une marque de sa bienveillance spéciale : au mois de février 1565, il envoya à don Carlos, par Wenceslas Rangon , l'un de ses camériers, l'estoc et le chapeau qu'il avait bénits le jour de Noël précédent, selon l'usage des souverains pontifes ( ! ).
Le comte d'Egmont, chargé par la duchesse de Parme d'aller représenter au roi la situation déplorable où se trouvaient les Pays-Bas, et de le supplier de s'y rendre, ou de les secourir dune manière efficace , arriva à Madrid à cette époque. Il y séjourna un mois- environ ( 2 ). Il ne manqua certainement pas de faire sa cour au prince qui était placé sur les plus proches degrés du trône; mais faut-il ajouter foi à ce que Brantôme rapporte : que don Carlos fut engagé par lui à partir pour la Flandre , même sans
( ] ) « .... El estoque y pileo consagrado que Su Santidad eu vie â Su Alteza con Vinceslao Rangon, su camarero, por hebrero del ano pasado de 1565.... » (Archives de Simancas : Contadurias générales, 4» época, leg. 4054.)
Dans une lettre à Charles IX, du 46 mars 4565, SaintSulpice annonce l'arrivée du camérier, porteur de l'épée bénite, et ajoute qu'il doit la remettre au prince d'Espagne « ung de ces jours. »
« Acostumbran — dit Sicûenza, Bistoria de la ôrden de San Gerônimo, part. III, liv. III, pp. 636 et suiv. — los pontifices romanos, en la ilustre fîesta de la Natividad del Senor, dar 6 embiar â algun célèbre y christianissimo principe una espada guarnecida ricamente. »
En 4594, Grégoire XIII envoya l'estoc et le chapeau bénits au prince Philippe, depuis Philippe III. Sigùenza, l. c, donne la description de ces objets, et raconte les cérémonies qui en accompagnèrent la remise.
(*) Correspondance de Philippe 11 sur les affaires des Pays-Bas, t. I, pp. 334 et suiv.
le su et le consentement du roi (') ? Nous y sommes d'autant moins disposé que Brantôme parle iei d'après des bruits recueillis longtemps après : il n'était plus en Espagne, quand le comte d'Egmont y arriva.
Depuis plusieurs années, Catherine de Médicis, sous le prétexte de revoir sa fille, sollicitait une entrevue avec Philippe II : c'était une des choses qu'elle désirait le plus ardemment ; ses ambassadeurs, l'évéque de Limoges et le S r de Saint-Sulpice , n'avaient négligé aucune occasion ni aucun moyen de la faire goûter au roi catholique, ainsi qu'aux deux ministres influents , le prince d'Eboli et le duc d'Albe ; de son côté, Elisabeth, docile aux avis de sa mère, ne cessait d'agir dans le même but auprès du roi. Philippe II avait bercé pendant quelque temps Catherine de Médicis de l'espoir d'une décision conforme à ses vœux; elle avait pu s'en flatter surtout en 1563, au moment où il partait pour l'Aragon, puisque là il allait être à proximité des frontières de France, et qu'en quittant Madrid, il avait formellement promis à la reine Elisabeth de la faire venir à Monzon. Tout démontre cependant que ce monarque étqit bien résolu de n'acquiescer pas à la conférence proposée. Au commencement de 1565, le duc d'Albe dit à Saint- Sulpice, par son ordre, qu'il regrettait beaucoup de
I 1 ) « .... Il se faschoit fort de demeurer oysif en Espaigne, et mesmes quand il ouyt parler le comte d'Aiguemont, qui luy proposa force belles choses, dont les mains luy desmangèrent' si fort pour mener guerre , qu'on dict qu'il se voulut desrober pour aller en Flandres. » (Œuvres complètes, etc , 1. 1, p. 126.)