‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 93 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« faysant, vous fairés ynfiniment pour vous et pour « tous nous aultres issy ( 1 ). »

Peu de temps après ces tentatives de la reine-mère à Madrid, François II mourut ( 2 ). Marie Stuart restait veuve à l'âge de dix-huit ans. C'était un immense malheur pour elle que la perte de son mari : les princes de Lorraine, ses oncles, jugèrent qu'il serait réparé, s'ils parvenaient à lui faire épouser le fils du roi d'Espagne; le cardinal s'en ouvrit à Thomas Perrenot, seigneur de Ghantonay, ambassadeur de Philippe II à Paris ( 3 ). A la vérité, elle était plus âgée de deux ans et demi que don Carlos ; mais les rares agréments réunis en sa personne rachetaient bien, et au delà, cette légère différence d'âge. « Elle était grande et « belle. Ses yeux respiraient l'esprit et resplendis- « saient d'éclat. Elle avait les mains les mieux tource nées du monde. Sa voix était douce, son aspect « noble et gracieux, son langage animé, et son attrait

« irrésistible Son éducation extrêmement soignée

« avait ajouté des talents variés à ses grâces natale relies. Outre le latin, qu'elle savait et parlait bien, « elle était instruite dans l'histoire, connaissait les « langues vivantes, excellait dans la musique, chan- <( tait fort agréablement en s'accompagnant du luth, ce et composait des vers que louaient Ronsard et du a Bellay. D'un esprit vif et ouvert, d'un caractère

(') Lettre sans date, dans les Négociations, lettres, etc., p. 844. (') Le 5 décembre 4560.

(*) Lettre de Chantonay à Philippe II, du 28 décembre 4560, citée par M. Mignet, Histoire de Marie Stuart, 1. 1, p. 402.

« insinuant et aimable, elle était l'ornement de la « cour dont elle faisait les délices ( l ). » A ce portrait de Marie Stuart, tracé par un éminent historien, nous ajouterons qu'elle pouvait être regardée comme un des plus brillants partis de l'Europe, car elle apportait en dot à son mari un royaume et des droits éventuels à la succession de la couronne d'Angleterre.

Catherine de Médicis fut informée des communications faites à l'ambassadeur d'Espagne au nom des princes lorrains ; elle écrivit aussitôt à l'évêque de Limoges, afin qu'il se mît en peine de savoir l'accueil qu'elles recevraient de la cour de Madrid ( 2 ) ; elle eut soin aussi, comme c'était sa coutume, de réclamer l'intervention de la reine, sa fille. Elle l'exhorta à agir de concert avec l'évêque ; elle désirait que l'un et l'autre usassent de tous les moyens qui étaient en leur pouvoir pour faire écarter les propositions de la maison de Guise. Cette affaire lui tenait extrêmement au cœur : « Il n'y a rien — mandait-elle à l'évêque — « que je ne veuille plutôt tanler et hazarder que de « veoir ce qui me desplairoit tant , et qui nous seroit « à elle (Elisabeth) et à moy si dommageable, et à ce « royaulme aussi ( 3 ). » Elle se plaignit au car-

t 1 ) Histoire de Marie Stuart, t. I, pp. 39, 40, 47.

( a ) Lettre du 49 décembre 4560, dans les Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François 11, etc., p. 787.

( 5 ) Lettre du 4 «avril 4560 (4564, n. st.), dans les Négociations, lettres, etc., p. 844.

Le 42 janvier précédent, Chantonay écrivait à Philippe II : « La « reyna tiene grandes celos del casa mi en to del principe d'Espana con « la reyna Maria. » (Archives de l'Empire , à Paris , collection de Simancas, B 42, n» 64.)

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