‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 94 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dinal de Lorraine lui-même qu'on parlât d'un nouveau mariage pour la reine d'Ecosse, lorsque la cendre du roi son époux était à peine refroidie : le cardinal lui répondit qu'il n'en savait absolument rien, mais qu'il n'était pas étonnant que le mariage d'une reine fût le sujet des conversations, car on s'occupait de celui de la moindre dame de la cour ('). Alors , ainsi qu'une de ses lettres nous l'apprend , elle mit en œuvre des moyens détournés pour faire renoncer les princes de Lorraine à leur dessein; elle ne nous dit pas quels étaient ces moyens, mais ils durent être habilement choisis, puisqu'elle parvint à son but ( 2 )„ Au moment

(') « He sabido que han pasado algunas palabras, sobre cl casamiento del principe d'Espana con la reyna Maria, entre la reyna y el cardenal , quexândose la reyna de que todo el mundo hablava en este casamiento, y diziendo que le parecia que salian muy temprano estas vozes. El cardenal respondiô que no sabia cosa ninguna dello, pero que no era maravilla que se echasse juizio sobre el casamiento de una reyna , pues se ecbava sobre el delà menor dama de la cor te.... » (Lettre de Cbantonay à Philippe II, du 12 janvier 4564 : Archives de l'Empire, à Paris, collection deSimancas, B 42, n° 64.)

( 2 ) Elle s'exprimait ainsi dans une lettre du 3 mars 4560 (4564, n. st.) à l'évêque de Limoges, après avoir dit qu'elle voulait qu'on sût à Madrid combien elle avait à cœur le mariage de sa fille Marguerite avec le prince d'Espagne : « Au moins , cela servira pour rompre l'autre coup (le « mariage de Marie Stuart), auquel je donneray de deçà sourdement tout « l'ordre que je pourray ; et jà y a si bon commencement, que ceulx « qui ont mis en avant ceste menée, et celuy mesme à qui elle touche, « sont bien empeschez à couvrir ce qui y est, et s'i monstrent si refroi- « diz qu'ils veuillent faire croire qu'il n'en est rien , ou endormir la « chose, jusques à ce qu'ils y croient plus d'asseurance. » [Négociations, lettres, etc., p. 848.)

Quatre années après, lord Lethington, premier ministre d'Ecosse , causant avec l'ambassadeur de Philippe II à Londres, don Diego Guzman de Silva, lui dit que la reine-mère avait fait appel aux sentiments patriotiques du cardinal de Lorraine et du duc de Guise ; qu'après leur

où Marie Stuart quittait la France , elle consulta le duc de Guise sur son mariage. Le duc s-'excusa de lui donner conseil, ne pouvant, lui dit-il , lui conseiller ce qui lui convenait le mieux (').

L'empereur Ferdinand aussi avait pensé au prince d'Espagne pour l'aînée de ses petites-filles, l'archiduchesse Anne. Il n'adressa pourtant point, d'abord, au roi son neveu de proposition formelle à cet égard ; il se contenta de lui faire insinuer que la princesse serait probablement demandée par le roi de France, et il le pria de lui dicter la réponse qu'il aurait à donner à ce monarque ( 2 ) : mais son but était trop

avoir représenté que, si leur nièce épousait le prince d'Espagne, il pourrait arriver que les États du roi catholique s'augmen tassent de l'Ecosse et de l'Angleterre, elle les avait conjurés, avec les plus vives instances, de ne concourir en aucune manière à un mariage qui pouvait avoir pour la France des conséquences aussi préjudiciables , et que le duc et le cardinal lui avaient donné leur parole qu'ils agiraient conformément à ce qu'elle souhaitait d eux, parce qu'ils préféraient le bien de la France à l'avantage de leur nièce. (Voy. Histoire de Marie Stuart, par M. Mignet, t. I, p. 448.)

Cette histoire, toute à l'honneur des princes lorrains, nesembleguère d'accord avec le langage tenu par Catherine de Médicis, dans sa lettre du 3 mars 4564 . En admettant quelle soit vraie, le cardinal de Lorraine n'aurait-il pas eu d'autre motif de céder aux désirs de la reine-mère? n'aurait-il pas craint, par exemple, en les contrariant, de se voir privé des riches bénéfices qu'il possédait en France? L'évêque d'Aquila écrivait de Londres, le 17 juillet 4563, au comte de Luna, ambassadeur d'Espagne à Vienne : « Como el cardenal tienetemor de perderlosbene- « fîcios que tiene en Francia, en ninguna manera osarâ dar su voto para « cosa que no contente â Franceses, aunque en secreto lo desee cuanto « es razon.... » (Archives de Simancas, Estado, leg. 846.)

(') Histoire de Marie Stuart, par M. Mignet, 1. 1, p. 448.

( 2 ) « S. C. R. M d ,.... me ha dicho Su M d que, no teniendo V. M«* hija con que el rey de Francia pueda casar, le paresce que séria â propôsito una de sus nietas 6 hijas, de lo cual sin parescer y voluntad de V. M*

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