‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 95 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

facile à pénétrer pour qu'il échappât à la sagacité de Philippe II. D'ailleurs, il ne tarda pas à abandonner ce langage qui servait à déguiser sa pensée, pour manifester ouvertement ses intentions. Sous bien des rapports, la jeune archiduchesse convenait à don Carlos. Elle était âgée de quatre ans moins que lui ('); elle était jolie. Le comte de Luna la peignait en ces termes , lorsqu'elle venait à peine d'accomplir sa douzième année : « Ce que je puis dire « de la princesse Aline est tout à son avantage, parce « que, à ce qu'il me paraît, on ne saurait demander « mieux. Pour son âge , elle montre beaucoup d'in- « telligence et une remarquable tranquillité. Elle est « très-dévote; elle a le meilleur caractère qu'on « puisse avoir « Elle est bien faite. Elle sera grande, « car elle l'est déjà , et elle croît à vue d'œii , tellece ment qu'on lui donnerait quinze à seize ans; sa « figure est charmante. Sa mère l'élève avec un soin « extrême ; elle ne la quitte pas : elle et le roi l'ado- « rent et l'aiment plus que tous leurs autres enfants. « En résumé, il est certain, selon moi, qu'on ne sau- « rait désirer plus de qualités qu'elle n'en a, dans une « femme qui serait destinée à devenir la compagne « du prince ( 2 ). »

él no tratarâ ; que pide y ruega mucho â V. M* le haga saber lo que en esto leparece y quiere que se haga.... » (Dépêche du comte de Luna à Philippe II, écrite de Vienne, le 28 décembre 4660 : Archives de Simancas, Estado, leg. 650.)

(') Elle était née à Valladolid, le 4" novembre 4549.

( 3 ) « .... La relacion que de la ynfante Ana puedo bacer es muy buena, porque, â lo que à mi me parece, no hay mas que pedir, porque

Mais il y avait, à la cour et dans la famille même de Philippe II , une princesse qui se croyait appelée, plus que toute autre, à devenir la femme de don Carlos : c'était la propre sœur du roi, dona Juana.

Restée veuve, à l'âge de dix-huit ans et demi, de l'infant don Juan, héritier de la couronne de Portugal, dona Juana était réputée l'une des plus belles, des plus gracieuses femmes de Gastille, et d'éminentes vertus rehaussaient encore sa grâce et sa beauté ( ! ). Depuis son veuvage, les prétendants ne lui avaient pas manqué : elle s'était vue recherchée , presque en même temps, par le duc de Ferrare, de la maison d'Esté, et par le prince de Florence, François de Médicis , fils de Gosme. Elle avait rejeté bien loin la recherche du premier, qu'elle regardait comme « trop

de su edad tiene muy buen entendimiento y gran repose ; es mery de vola, ytiene la mejor condition que se puedepedir; tiene linda disposition, y sera grande, porque agora lo esta, y crece mucho, queparece de quince 6 deciseis anos ; tiene arto buen gesto ; tiénela su madré muy bien criada ; no se aparta délia, y ansi ella y el rey la adoran y quieren mas que à todos los otros ; y es cierto que, â mi parecer, no se pueden desear mejores prendas en una persona, para compania del principe, que ella tiene.... » (Dépêche écrite de Prague, le 49 janvier 1562, dans la Coleccion de documentes inédites para la historia de Espana, t. XXVI,

( 1 ) o La principessa stimala la più bella di quella provincia,.. . •

dit l'ambassadeur vénitien Badoaro , dans sa relation au sénat, faite en 4557. (Voy. Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint el Philippe 11, p. 62.)

Un autre Vénitien disait d'elle, en 4572 : « Ê questa principessa di « bellissime manière, di faccia delicata. di pelo bruno e di carnagione « bianchissima, di vila esemplare e di stalura grande. Ê proportionna ta « molto, et in ogni sua azzione grandissima d'ingegno e di prudenza. » {Ibid., p. I74.)

Page 1