‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 103 sur 358 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

cices du jeu des cannes. La reine profita de ce séjour pouraller visiter les monastères, les jardins et les lieux de plaisance des environs ; chaque après-midi était consacrée à ces excursions, dans lesquelles elle était toujours accompagnée de don Carlos et de don Juan d'Autriche *.

Philippe II prit congé de sa femme, le Ifi mai, à Cigales, à deux Heues de Valladolid. Il avait eu l'intention de l'accompagner jusqu'à Burgos ; les habitants de cette ville avaient fait de grands préparatifs pour la réception de leurs souvê- **ains : mais, la peste y ayant éclaté, il lui fallut renoncer à ^on projet, et donner une autre direction au voyage de la t'eine. On remarqua qu'Elisabeth versait des larmes en rece- "vant les adieux de son mari *.

Après avoir passé une quinzaine de jours à Bayonne avec la reine sa mère et le roi son frère, Elisabeth reprit le chemin de l'Espagne. Philippe II l'attendait à Ségovie : il fut au-devant d'elle jusqu'à Sepulveda, à dix grandes lieues de là. Don Carlos alla lui-même à leur rencontre avec don Juan d'Autriche, à une assez grande distance : d'aussi loin qu'il aperçut la reine, il mit pied à terre pour la saluer, montrant un grand empressement à lui baiser la main *. C'était le 30 juillet. Cette entrevue fut marquée par un incident digne d'être rapporté. Don Juan était parti le 29 juin, à l'insu du roi, et suivi seulement du fils du maître général des postes ; il s'était

1. Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, écrite de Villanueva, le 16 mai 1565.

2. Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme du 22 mai 1565, écrite de Burgos. — Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, écrite du monastère de RodiUas, le 23 mai. — Lettre d'Antonio Tiopolo du 25 mai.

3. a ... Et travailla dfsez de luy prendre la main pour la luy baiser, el elle n'oblya de lui rendre bi'3n son salut... » (Lettre de • Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, écrite de Ségovie, le 11 août 1565.)

dirigé vers Barcelone, en intention de s'y embarquer, pour assister en volontaire à la défense de Malte, assiégée par les Ottomans ^ Des que le roi en avait été informé, il avait expédié des courriers en Aragon et en Catalogne, afin qu'on ne permit pas à don Juan de donner suite à son projet; il avait fait partir plusieuas officiers attachés à sa maison, avec Tordre de le ramener ; il lui avait écrit à lui-même, le menaçant de sa disgrâce, s'il ne revenait au plus tôt. Don Juan ne s'était pas rendu à cette injonction ; il avait supplié son frère de lui laisser exécuter une entreprise qui intéressait le service de Dieu, le bien de la chrétienté et la propre gloire du roi : déjà une foule de gentilshommes, animés par son exemple, accouraient de divers points de la Péninsule pour se ranger sous sa bannière. Mais, arrivé à Saragosse, il était tombé malade, et lorsqu'il avait atteint Barcelone, les galères destinées pour Malte avaient mis à la voile. Force lui avait donc été de retourner à Madrid 2. Il n'avait pas encore vu le roi depuis son équipée, quand, en compagnie de don Carlo§, il se trouva en sa présence. Il courut à lui, et lui demanda pardon. Le roi le reçut affectueusement, l'embrassa, puis il lui dit d'aller baiser la main de la reine. Elisabeth lui ayant demandé, en riant, si les Turcset les Mores étaient des hommes de guerre, il répondit, avec un accent de tristesse, qu'il n'avait pas été assez heureux pour pouvoir s'en assurer 3.

Don Carlos, malgré tous les avertissements, continuait de s'abandonner à des excès de bouche ; ils lui occasionnèrent (le nouvelles atteintes de fièvre, qui toutefois furent de peu

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