CHAPITRE VIII
La Cuadra adressa ces réflexions au duc d'Albc.
Philippe II allait se mettre en route pour T Aragon, quand le duc plaça sous ses yeux la lettre de son ambassadeur. Il écrivit incontinent à Tévéque d'Aquila qu'il s* était mépris sur ses intentions. « En vous marquant — lui dit-il — qu*il » me paraissait bien de suivre Taffaire, et en vous donnant » commission pour cela, je vous parlais d'une manière assez » positive. Le secret que je vous recommandais et que je » vous chargeais de recommander à ceux avec qui vous » traitiez, n'était point un obstacle. C'en était moins encore » un que Tordre que je vous donnais de vous enquérir des » intelligences qu'ils ont en Angleterre; car, en tout cas, i> il serar besoin de le savoir avant de conclure. Enfin vous » prescrire de négocier sans vous engager en rien, n'était » pas montrer peu de goût pour cette négociation. Je vous » mande ceci par ce courrier qui va à Trente, afin que vous » sachiez que j'attends avec impatience d'être informé de » ce que vous aurez fait et de l'état dans lequel sont ac- » tuellement les choses; je vous écrirai ensuite plus au long » sur le tout. En ce moment, je ne pourrais le faire, ayant » le pied dans l'étrier, pour me rendre aux certes de » Monzôn ^ »
En réalité, et quelque affirmatif que semblât le ton de cette dépêche, il s'en fallait de beaucoup que Philippe II fût résolu à poursuivre la négociation avec Marie Stuart. Don Martin de Guzman, qui était allé trouver l'empereur Ferdinand à Vienne et l'avait suivi à Inspruck, revint en ce temps à sa cour. Il était chargé de lui faire les instances les plus pressantes pour qu'il se décidât, d'une manière ou
1. Lettre du 15 août 1663, écrite do Madrid. (Coleccion de docuvienioa inédilos, etc., t. XXVI, p. 460.)
(le l'autre, i?ur le mariage de son fils avec l'archiduchesse Anne, car le roi de France sollicitait vivement la main de la princesse *. Son irrésolution s'en .augmenta. Elle devint encore plus grande à l'arrivée en Espagne des princes de Bohême; les premiers discours que lui tinrent le cardinal d'Augsbourg et le baron de Dietrichstein, dont ces princes étaient accompagnés, eurent pour objet d'obtenir de lui une déclaration positive de ses intentions. Il était préoccupé aussi du caractère et de l'humeur de son tîls : sous ce rapport, il n connaissait que le vœu qui lui avait été exprimé par les certes de Castillo ne manquait pas de fondement ni d'opportunité. On discourait beaucoup de tout cela à sa cour : « Les gens de bon advis — écrivait l'ambassadeur de » France — disent qu'il n'y a grande apparence de mariage » de la royne d'Escosse îivec le prince d'Espaigne, parce » que à la qualité dudict prince ne convient party qui ne » soit plus aisé et plus esloigné de troubles et d'entreprinses » que celluy de ladicte royne, avecques ce que les Escos- » sois ne sont pour permettre plus que leur princesse s'en » aille hors du pays, ny qu'elle introduise un mary dedans
» qui ne soit pour y demeurer ^. »
Gagner du temps était le système favori de Philippe II ^. Il répondit aux ambassadeurs impériaux qu'il ferait connaître ses intentions à leur maître par le seigneur de Chantonay, qui allait à Vienne remplacer le comte de Luna, mort
1. Voy. la lettre de Philippe II au duc d'Albe, écrite de MonzoD, le 12 octobre 1563, dans les Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle, t. Vil, p. 225.
2. Lettre secrète de Saint -Sulpice, du le' novembre 1563, écrite de Balbastio.
3. a Dezia muclias vczos que el tiempo y él para otros dos.... » {Don Felipe el Prudente, pur Van d£R Hammë.^i, Madrid, 1632, p. 134.)