‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 157 sur 358 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

corrégidor qui n'avait pas été excommunié au moins pendant dix mois n'était pas réputé bon ministre ; on tenait pour le meilleur celui qui s'opposait le plus aux prétentions de la cour de Rome*. C'est par ces procédés, ainsi que l'a dit un écrivain français dans une magnifique étude sur la poli-i> tique religieuse de Philippe II *, qu'il acheva de façonner tout le clergé de la Péninsule en instrument ardent et docile de l'autorité royale.

Il gouvernait l'Espagne, selon l'expression d'un diplomate vénitien, avec une vei^ de fer ^. Un jour le cardinalarchevêque de Séville lui dit que, d'après les rapports des confesseurs, tous les pénitents faisaient entendre des plaintes contre lui : il répondit que, puisqu'ils avaient la langue si libre, il était bien qu'ils eussent les mains liées *.

Sous ses prédécesseurs, l'ambition des grands avait plus d'une fois causé des troubles dans la monarchie et tenu en échec le pouvoir royal; il prit à tâche, pendant tout son règne, de les abaisser, les écartant avec soin des charges principale^ de l'État, les soumettant à la juridiction des tribunaux du royaume comme les moindres de ses sujets : on raconte même que, si quelqu'un d'eux s'enrichissait par la sagesse de sa conduite ou par quelque événement heureux, il

1. a Non è tennto per bnon ministro qnell' alcalde o corrégidor «he noo sia stato almeno dieci mesi scomunicato, e quello ë tenuto per meglior ministro che fa maggior forza contra la giarisdizione ecclesiastica.... h (Relation d'Agoslino Nani, de 1598, dans les Relazioni, etc., série I, t. V, p. 485.)

S. .M. le Ticomte de Meaux. Voy. Le Correspondant^ année 1860, t. XLIX, pp. 2il et suiv., t. L, p. 666 et suiv.

3. « Goyerna il re qaesti popoli di Gastiglia con virga ferrea. » (Relation de Gioan Francesco Morosini, déjà citée, p. 293.)

4. « Il cardinal di Siyiglia disse alla M. S. cbe i confessori gli riferivano tutti i penitenti essere mal contenti di lei, ed essa rispose che poichè avevano sciolta la lingna, era bene che avessero legate le mani. » (Relation d'Agostino Nani, déjà citée, p. 488.)

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cherchait à lui faire faire de la dépense, afin qu'il se ruinât ^. Il fit cesser, par des poursuites et des peines sévères, les divisions qu'entretenait dans i)lusîeurs provinces la rivalité séculaire de familles puissantes, les Zùniga et les Carabajal à Plasencia, les Chaves et les Vargas à Truxillo, les Avila et les Villavicencio à Xerez, les Médina Sidonia et les d'Arcos à Séville, les Agramontais et les Beaumontais en Navarre, les Onez et les Gamboa en Biscaye *.

Dans les choses qui regardaient l'intérieur de son palais, de même que dans les affaires de son empire, il voulait être le maître absolu. Le châtiment qu'il infligea au duc d'Albe*,

i. « Di qaesti grandi si serve il re manco che puô, anzi procura di tenerli bassi pcr ogni verso, e quando alcuno di essi, o per huon goyemo o pcr buona fortuna, diventa danoroso, procura il re dargli occasione di spendcro, per tenerlo estonuato.... Sono questi grandi signori sottoposti. alla giustizia del reguo niante meno cbo il più abieto e più basse uomo délia plèbe.... » (Relation de Gioan Francesco Morosini, déjà citée, pp. 289 et 290.)

Déjà, en 15G5, Giovanni Soranzo signalait en ces termes les intentions du roi à l'égard des grands : « Avendo S. M. grandissimo desiderio di le- » vare le grandezze e autorità che hanno i signori di Spagna, onde cerca » quanto puô ogni occasiono per abbatterli e dominare quella provincia » con altra maniera ed altro imporio di quello che hanno fatto i saoi pre- » decessori... . » (Helation déjà citée, p. 96.)

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