‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 16 sur 358 · CHAPITRE I r · texte numérisé non relu

CHAPITRE I r

gnit d'abord qu'il ne fût muet : il avait près de trois ans *, quand il commença à ^iégayer quelques paroles. Selon le même ambassadeur, la première qu'il prononça fut non, et l'empereur fut si charmé de savoir que la langue de son petit-fils s'était déliée, qu'il plaisanta sur le mot sorti de sa bouche, disant qu'il avait bien besoin et bien raison de dire non à tout' ce que dépensaient et donnaient son aïeul et son père *. Que cette dernière anecdote soit vraie ou fausse, toujours est-il certain que don Carlos avait vingt et un ans quand on lui coupa le filet ^.

Philippe choisit, pour gouvernante de l'infant, dona Leonor de Mascarenas, aux soins de laquelle il avait été confié lui-même dans son bas âge : c'était une dame portugaise de haute naissance; elle avait accompagné la princesse Isabelle en Espagne, lorsqu'elle y vint épouser Charles-Quint ; elle était âgée de quarante-deux ans en 1543. Philippe lui dit, en remettant Tinfant entre ses mains : « Mon fils a perdu sa » mère; vous lui en servirez^ traitez-le comme telle *. »

(Relation faite au sénat de Venise, le 19 janvier 1563, dans les Helazioni de M. Albèri, série I, t. V, p. 73.)

1 . Nous ayons dit, dans la première édition, d'après Paolo Tiepolo, qu'il en avait cinq; mais un document authentique nous permet d'être plus exact : c'est une lettre écrite d'Alcala, le 9 avril 1548, à Catherine d'Autriche, reine de Portugal, par Gaspar de Teyve. On y lit : « 0 ynfante ja

» diz huas e começo doutras pallavras » (Archives de la Torre do

Tombo, Corpo Chron., part. I.)

â. La prima parola avertita in lui fu no, la quai subito raportata ail imperatore suo avo, per l'indilio che dava ch' egli non dovesse restar muto, come si dubitava, gli diede occasion di moteggiarvi sopra , perché disse che a quel che suo avo et suo padre spendevano et donavano, havea il fSgliuolo ben ragione et bisogno di dir di no.... » (Relation de Paolo Tiepolo, du 19 janvier 1563.)

3. L'article suivant fait partie d'un compte conservé aux archives de Simancas : u Jueves, 28 de novembre 15Q6, diô, por mandato de Su » Alteza, a Rui Diaz de Quintanilla, mil y cien reaies, porque cortù el » frenillo à Su Alteza. » {ContadurkQi générales, pliego 58, p. 1.)

4. « Mi hijo queda sin madré; vos lo aveis de ser suya, tratndmele como tai.»

t> DON CARLOS ET PHILIPPE H

Quand don Carlos passa du gouvernement des feoimes à celui des hommes, dona Leonor de Mascarenas voulut prendre le voile; elle avait fait vœu, dès son enfance, de vivre en état de chasteté : elle en référa au prince Philippe, qui lui conseilla de fonder plutôt un couvent, afin de rester libre de se livrer à d'autres exercices de piété. Elle érigea à Madrid le monastère de Santa Maria de los Angeles^ de Tordre de Saint- François, dont les constructions furent achevées en 1863. Elle mourut le 20 décembre 1584 *.

Don Carlos passa les premiers temps de son enfance à Alcalà de Henarès, sous la surveillance de ses tantes, les princesses dona Maria et dona Juana *. Au mois de mai 154^ Philippe vint chercher ses sœurs et son fils et les conduisit à Valladolid ^. Il était appelé par Tempereur en Allemagne ; il quitta Valladolid le 2 octobre, en recommandant spécialement son fils à la sollicitude de dona Juana. Cette princesse alla s'établir à Toro avec l'infant *.

Le 15 novembre 1549, Charles-Quint, étant à Bruxelles, fit et signa l'instruction suivante sur Tordre qui devait être observé dans la maison de son petit-fils, alors âgé de quatre ans et quatre mois : « Premièrement, Francisco de Medrano » veillera à ce que le sérénissime infant soit bien servi, et sa » surveillance s'exercera surtout sur ce qu'on donnera à Tin- » fant pour sa nourriture, selon les ordres de dona Leonor de

1. Teatro de las grandezas de Madrid, por el maestro GiL Gonzalez d'Avila; Madrid, 1623, in-fol.j p. 287.

2. El Felicissimo Viaje del principe don Phelipe, etc., desde Espana à sus tierras de la Baxa Aiment a, por J. C. Calvete de Estrella; Anvers, 1552, fol. l'v». — Cabrera, liv. I. chap. ii, p. 10

3. Lettre de Gaspar de Teyve à la reine de Portugal, du 9 avril 1548, ci-dessus citée.

4. Vandenesse, Journal MS. des voyages de Charles-Quint el de Philippe II.

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