‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 164 sur 358 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Il n'oubliait et ne pardonnait point les ii^ures. Il savait toutefois dissfmuler son ressentiment et en suspendre les effets jusqu'à ce qu'il trouvât une occasion opportune de le faire éclater : c'est pourquoi l'on disait en Espagne que, du sourire du roi au couteau, il n'y avait d'autre distance que l'épaisseur du couteau ** S'il ne se pressait pas de frapper ceux qu*il prenait en haine, une fois qu'il avait commencé de les persécuter, il ne s'arrêtait plus; sa vengeance était implacable *.

Tel était le souverain qui disposait des destinées de vingt nations diverses; tel était le père de don Carlos.

Philippe II ne pouvait voir avec indifférence ni les ex*

» saoi minîstri comporta e sopporta il re moite imperfezioni, anco a ma- » leficio délie cose sae medesime.... »

Paolo Tiepolq avait dit avant eux : « A imitazione del padre, permette » moite C03e a' suoi ministri, per non levar loro il credito e la repata- » zione, nô solamente manca di castigarli, ma ancora di mostrar pur un A minimo segno d'alterazione contra loro.... » (Relation déjà citée, p. 63.)

Voy. encore Cabrera, liv. XII, chap. xxi, p. 1063.

1. « .... È molto vendicativo, né si scorda facilmente l'ingiurie, ma sa coprirè molto bene i suoi affetti, procedendo sempre con gran flemma : di maniera che dicono in Spagna, per proverbio, che dal riso del re al coltello non vi sia distanza alcuna, perché se bene avrà determinato di castigar uno, venendo gli celui dinanzi, gli mostrerà qnella medesima cera che faceva prima.... » (Relation de Gioan Francesco Morosini, déjà citée, p. 324.) — « ... Vale molto il re in dissimulare e tener nascoste le passioni deir animo suo; ma l'artiflcio non basta perô a coprire l'intimo dell' affetto, es9endosi sempre S. M. dimostrata ricordevole dell* ingiurie ricevute e difficile al perdonare.... » (Relation de Matteo Zane, déjà citée,

Cabrera dit, de même que Tambassadeur Morosini, dans un des passages de son histoire, « que de su risa al cuchillo avia poca distancia. >» (Liv. X, chap. v, p. 736.) Il dit ailleurs : « Su risa i cuchillo eran con- » fines. j> (Liv. VII, chap. xxii, p. 474.)

Et Antonio Ferez : « No hay dos dedos de su risa- al cuchillo.... » {Retrato, pp. 24, 216.)

2. a Ha questa natura e proprietà il re, che non si presto piglià in odio alcuno, non lo castiga o fa vendetta ; ma quando entra in una di queste vie, segue innanzi senz' alcuna remissione. « (Relation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 183.)

ces de bouche que faisait son fils et qui détruisaient sa santé, ni les extravagances et les brutalités auxqlielles il se livrait et qui compromettaient sa dignité autant que sa réputation. Il l'en reprenait fréquemment, et même avec sévérité. L'orgueil du prince se révoltait contre ces observations, qui étaient chaque fois une cause de nouvelle aigreur entre eux *.

De son côté, don Carlos avait des griefs contre le roi : il se rappelait que son père, à Tàge de seize ans, avait été investi par l'empereur du gouvernement des royaumes d'Espagne; il en comptait dix-neuf, et il n*avait aucun État à régir, aucune charge qui lui donnât quelque pouvoir. Il manifestait, en toute rencontre, l'humeur qu'il en ressentait 2. Il attachait une médiocre valeur à la grâce que le roi

1. Saint- Sulpîce, ambassadeur de France à Madrid, ayant félicité le roi do la convalescence de son fils, Philippe le remercia, disant « qu'à pr^ » sent, le prince estoit assez bien guéry de sa fiebvre; scyonstant, » avecque un soubzrire, qu'il espéroit qu'avec Tadvertissement j^'il («jf » faituit amez souvent de ne faire plus tant de désordreë contre sa » santé, et avec les inconvéniens de maladye où il retomboit à tout coup, » il se rendroit, possible, plus saigo et plus chastyé pour Tadvenir. » (Lettre de Saint-Sulpice à Charles IX, du 9 septembre 1S65.) — « .... Era stato alcuna \olta il padre costreito a garrirlo, e con acerbe reprensioni a mostrargli che a re e a principe, corne gli era, non convenivano né vira nô costumi cosi fatti : di che quel giovane si era fieramente sdegnalc... » (ÂDftiANi, Jstoria de', suoi tempi, t.V, p. 135, édit. de 1823«)

HÉRRERA parle dans le môme sens : « Su padre procurava moslrarle x> que d rey ni principe como él era, convenia tal munera de procéder : » de que recibia el principe gran pesadumbre. » ^istoria général del mundo, t. I, liv. X, chap. il, p. 291, édit. de 1601.)

S. Fourquevaulx écrivait à Catherine de Médicis, le SI novembre 1565 : a L'on s'apperçoit qu'il s'ennuye de n'avoir desjà quelques grands Esiati » en son pouvoir, pour y commander. »

Dietrichstein mandait à l'empereur, le 2 janvier 1566 : « Le principal » sujet de plainte que le prince a contre son père, c'est que, malgré son » àgo, il n'a ui commandement ni pouvoir, mais est traité comme on mi- » nur annis, » (KocH, Quellen zur Geschichte des kaiien Maximilian //, p. 151.)

lui avait faite de l'appeler à siéger au conseil d'État, et ce n'était pas sans raison : car les grandes questions politiques^ les affaires majeures de la monarchie, étaient rarement soumises aux délibérations de ce conseil; le roi les traitait en particulier avec ceux de ses ministres qui étaient le plus avant dans sa confiance.

Don Carlos avait été destiné, dès son enfance, au gouvernement des Pays-Bas ^ La fièvre continue dont il fut atteint, sa chute à Alcala, les maladies qu'il eut depuis, n'avaient pas permis, pendant plusieurs années, qu'il quittât l'Espagne : il était le premier à le reconnaître. Mais ces obstacles n'existaient plus; sa santé était rétablie; il pouvait aisément supporter les fatigues du voyage : pourquoi donc son père ne réalisait-il pas une intention qui était de notoriété publique en Europe ^ ? Il s'en offensait et s'en plaignait avec amertume.

Il était mécontent aussi de ce que le roi différait de le faire recevoir, comme héritier présomptif de la couronne, par les certes d'Aragon, de Catalogne et de Valence. Enfin il lui en voulait du retard qu'il apportait dans la conclusion de son mariage avec l'archiduchesse Anne ^. On a vu qu'il

1. Dans la proposition faite aux états -généraux, à Gand, le 7 août 1559, ^0 présence du roi, l'orateur disait : a Pour ce que S. M. n'a peu, comme

* elle désiroit, faire venir, avant son parlement d'icy, son fiîz, monsei-

* ^enr nostre prince, pour le délaisser en son lieu , ce que convenable-

* Uaent ne s'est peu faire, pour aucunes causes et respectz très- urgents, jus-

* ^aes à ce que Sa dicte Majesté vienne en ses royaumes d'Ëspaigne, etc. » ^. Fonrquevaulx nous en donne la raison dans une de ses lettres à

^^-tJierine de Médicis (elle est datée du 21 novembre 1565) : « Bien des ** r^^rsonnês, dit-il, doutent que le roi veuille quitter l'Espagne;... et moins " S^«rmettra-t-il que le prince en sorte sans luy : car c'est un jeune per-

* 5Sc3nnage sujet à sa teste, et facilement fairoif il telles choses entre les

* Italiens et les Flamans, dont l'un et l'autre se repentiroient.... »

^. Voy. les lettres du baron de Dietrichstein d Maximilien II, du *^ octobre 1565 et du 2 janvier 1566, dans Koch, Quellen, etc., pp. 149 e^ 151. '

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s'était pris d'une sorte de passioii pour sa cousine, et sans doute ridée qu'en le mariant avec la fille aînée de Tempereur, son père ne pourrait se dispenser de lui faire la cession ou du moins de le mettre à la tête de quelqu'un de ses États, n'était pas étrangère à ce sentiment. Aussi, lorsque Chantonay était parti pour Vienne, il lui avait recommandé de lui donner souvent des nouvelles de la famille impériale, mais surtout de la princesse qu'il regardait comme sa fiancée*. Afin de montrer encore plus combien il était porté pour ce mariage, il se mit à étudier la langue allemande *. On ne s'étonnera pas que, dans les dispositions où il était, don Carlos blàmàt tout ce que faisait le roi ^; mais si l'on en croit Brantôme, il poussait plus loin encore l'oubli du respect qu'il devait à son père : « Il fit fère — dit cet écri- » vain — un livre de papier tout en blanc, et, par moc- ^ querie, fit mettre en la subscription et au commencemem » dudit livre : Los {jrandes viages del rey don Felipe^ et » au dedans y avoit : El viage de Madrid al Pardo^ del

1. Chantonay se garda bien de satisfaire à ce désir, et surtoat de TiDformcr des instances que l'empereur et rimpératrice faisaient pour la conclusion du mariage. (Voy. sa lettre du 31 mars 1565 à Gonzalo Perez, dans la Coleccion de documentos inédilus para la historia de EipagNa, t. XXVII, p. 529.)

2. Son professeur s'appelait Louis Morisot. On lit dans les comptes de la maison de don Carlqs :

a .... Mas 35,600 maravedis que, por iibranza de Rui Gomes feclia en Madrid, à ûltimo de junio de 1568^ pago a Luis Morisot, que ensefiaba :l S. A. la lengua alemana, por sus gajes desdo 1» de jalio de 1566, qaecomenzo â servir, liasta ûltimo de junio de dicbo ano de 1568, Ârazon de dcn maravedis al diu.... » (Archives de Simancas, Contaduria» generaUi, icg. 105i.)

3. « U resprouve ol mcspriso communément toutes les actions do loy son père, » écrivait le 3 novembre 1565, à Catherine de Médids le seigneur de Fourquevaulx, ambassadeur de France à Madrid.

Dietrichstein mande aussi à Tcmpereur, le 24 janvier 1566, qne le prince, dans la liberté do ses discours, n'épargne p:.-s le roi. ^Koch, QueUenfeiCi p. irii.)

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