chapitre: IX
tager cette passion par Elisabeth, cette princesse si pure, cette épouse si chaste et si attachée à son mari. Le roman et le théâtre n'ont rien de commun avec l'histoire *. Nous avons dit les seuls rapports qu'il y eût entre le fils et la femme de Philippe II, nous n'ajouterons qu'un mot : don Carlos était aussi peu fait pour éprouver de Tamour que pour en inspirer ^.
La mésintelligence qui régnait entre le prince et le roi n'était un mystère, à Madrid, ni pour les courtisans ni pour les. ambassadeurs étrangers. Le peu d'amis qu'avait don Carlos s'en affligeaient, convaincus qu'elle ne pourrait avoir que des suites fatales pour lui. La reine douairière de Portugal, Catherine d'Autriche, son aïeule et sa grand* tante, n'était pas celle qui s'en inquiétât le moins ; elle portait une vive affection à son petit-fils, quoiqu'elle ne l'eut jamais vu : elle essaya de le ramener à une conduite plus digne de lui, et à de meilleurs sentiments pour son père *. Son ancien précepteur, l'évêque d'Osma, y employait aussi tout son zèle et tout ce qu'il avait d'influence sur l'esprit de son élève. Don
sœnr de la reine. Il n'aurait pas été « davantage son parant, » en se faisant aimer d'eUe.
M. le marquis du Prat nous paraît lui-même avoir attaché trop d'importance à ce fragment de lettre. (Voy. Histoire d'Elisabeth de Valois, p. 132 et suiv.)
1 . Dans un livre publié par madame Martha Walker Free, sous le titre de Elisabeth de Valois^ queen of Spain, and the court of Philipp II (Londres, 1857, 2 volumes in-12), et qui contient un grand nombre de documents tirés des archives et des bibliothèques de Paris, on trouve, t. II, p. 134, un dizain en français prétendument adressé par don Carlos à
. Elisabeth. Don Carlos ne faisait pas de vers et ne parlait pas le français.
2. Nous avons sous les yeux l'inventaire, dressé après la mort de don Carlos, de ses livres et de ses objets d'art. Nous trouvons, parmi ces derniers, un portrait de la reine Elisabeth ; mais nous y trouvons aussi ceux de Philippe II, de Ferdinand et d'Isabelle la Catholique, etc.
3. Voy. l'extrait d'une de ses. lettres dans Kircher, Principis christiani cvchetypon, p. 184.
Carlos, si dur pour tant d'autres, avait toujours honoré, respecté, aimé Honorato Juan. Nous avons rapporté les termes dans lesquels il s'exprimait sur son compte en une circonstance solennelle *. Plusieurs lettres qu'il lui écrivit et qui ont été conservées sont tout autant significatives : dans Tune il appelle Juan le plus grand ami qu'il ait au monde, il promet de faire ce que Juan lui demandera ^; dans une autre illui marque qu'il est fou de plaisir en pensant qu'il va bientôt le voir ^. C'était sur ses instances, on le sait, que le roi avait conféré à Juan l'évêché d'Osma ; ce fut aussi à sa prière que, par un bref du 13 mars 1566, Pie V exempta ce prélat delà résidence dans son diocèse pendant six mois de l'année *. Don Carlos ambitionnait, pour son précepteur, une dignité plus éminente encore que celle dont il avait été revêtu : il écrivit au pape, et il pressa vivement son nonce à Madrid, l'archevêque de Rossuno, afin qu'Honorato Juan fût élevé au cardinalat ^, comme l'avait été le précepteur de son gère, Juan Martinez de Silicoo.
L'évcquo d'Osma avait un sincère attachement pour son royal'élèvc, quoiqu'il ne se dissimulât ni ses défauts ni ses torts. Obligé de quitter la cour, au commencement de 4566,