‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 184 sur 358 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

il autorisait enfin la duchesse de Parme à accorder grâce et pardon, non-seulement aux confédérés, mais encore à tous ceux qui avaient contrevenu aux édils sur la religion. Au surplus, il persistait dans l'intention, qu'il avait annoncée déjà à la gouvernante *, de se rendre aux Pays-Bas, et assurait qu'il y serait au printemps de 1567 au plus tard ^.

A l'issue du conseil, Hopperus et Tisnacq, par ordre du roi, communiquèrent à Montigny ce qui y avait été résolu. Monligny leur dit que cette résolution n'était pas « acertée » 3, car le point essentiel pour la tranquillité des Pays-Bas, c'est-* à-dire la modération des placards, restait en suspens, et les termes dans lesquels était conçu l'article de l'inquisition pouvaient faire naître des difficultés nouvelles. Il ajouta qu'elle entraînerait la perte du pays ; qu'il ne doutait pas qu'en l'apprenant, tous les seigneurs n'abandonnassent la duchesse de Parme et ne se retirassent chez eux ; qu'on voyait bien que le roi faisait peu de cas des provinces bel- ' giques, lesquelles n'étaient qu'un morceau de terre pour lui qui possédait tant de royaumes*; qu'en se décidant ainsi dans un sens tout à fait opposé à son service et aux remontrances qui lui avaient été faites, il confirmait l'opinion, où Ton avait toujours été aux Pays-Bas, qu'il se défiait des seigneurs et même de la gouvernante. Tisnacq et Hopperus lui repartirent que telle était la volonté du roi, et que Sa

i. Dans une lettre du 6 mai,

2. Il notifia ces déterminations à la duchesse de Parme par une lettre française, du 31 juillet, qui a été publiée dans la Correspondance de Marguerite d'Autriche, par le baron de Heiffenberg, p. 75.

3. Cette expression, empruntée à l'espagnol acerlado, n'a pas son équivalent littéral en français. Le dictionnaire do l'Académie donne à acertado U signification de prudent.

4. a .... Que parecia que se dava à S. M. muy poco por aquel pedaço de tierra, por tener muclios reynos..., » (Lettre d'Alonso de Laloo, du 3 août, ci-dessus citée.)

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Mnjcslc y avait mùromont réfléchi. Il répliqua que le roi était le maître, mais (|ue, quant à lui, il ne satisferait pas à la (.hargc ([ui lui avait été donnée, ni à ses devoirs de vassal, s'il ne protestait que son avis était contraire à la décision prise. II les requit de rendre un compte fidèle au roi de ce qu'il venait de leur dire, en les prévenant qu'il s'en expliquerait de la même façon avec Sa Majesté. C'est ce qu'il fit dans la soirée *, et avec une (elle liberté, que Philippe chanf^Qti de couleur, lui qui n'en changeait guère a. En le quittant, il alla trouver Ruy Gomez, auquel il tint un langage plus libre encore : il ne croyait ])as — telles furent les propres expression? dont il se ser\^it — que le roi fût catholique, puisqu'il mettait en danger de se perdre les âmes de tant de miUions de ses sujets ^.

Qu'eut donc dit Montigny, s'il avait pu.se douter que ces concessions jugées par lui insuffisantes, le roi les regardait comme excessives, et qu'il ne les faisait qu'avec des restrictions mentales qui en devaient détruire toute la portée ? Le 9 août, en effet, Philippe a])pela au château de Valsain le notaire Pedro de Hoyos, et, en présence du duc d'Albe, du licencié Francisco de Menchaca et du docteur Martin de Velasco, il lui déclara qu'en autorisant la duchesse de Parme à pardonner à ceux qui s'étaient compromis dans les troubles des Pays-Bas, il n'avait pas agi librement ni spontanément ; qu'il y avait été forcé par les circonstances, et l'avait fait pour éviter de plus grands maux * ; que cette autorisa-

1. Lctlro de Montigny à la duchesse de Parme, du 3 août 1566, déjà citée. — Lettre d'Alonso de Laloo, du 3 août.

2. <c Mons>*. de Montigny replico muy libremente, y hasta que pnso color d S. M. » (Lettre d'Alonso de Laloo, du 3 août.)

3. « .... Se llogu mons^. de Montigny :l Ruy Gomez, al. quai habl6 en la misma sustancin, y aun le dixo mas, que no creya que S. M. era cathûlico, pues ponia en peligro de dailarsc tantes millones de animas. » {ibid.)

4. u Cum ilaque ccrlissimum sit.... Suam Majestaiem non Ubcrc nec

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