Lettre d'Alonso de Laloo, du 20 septembre
CH|APITRE X 275
ne ferait plus de difficulté de lui octroyer la cruzaday avec la continuation des subsides levés sur le clergé * : la cruzada
1. ^ons avons déjà parlé, dans le cours de ce livre (pp. 214 et 220) des cruzadas et des sabsduqie^: du clergé. Nous^proyons que quelques détails sur ces deux sources du revenu des rois d'Espagne seront lus avec intérêt.
La cruzada était une bulle que les souverains pontifes accordaient aux monarques espagnols, afin de leur donner le moyen de faire la guerre aux infidèles. Elle renfermait une multitude de grâces ' spirituelles, comme, par exemple, de pouvoir tirer du purgatoire telle ou telle âme, etc. ; mais ce qui la faisait spécialement rechercher, c'étiiit la dispense qu'elle contenait afin de pouvoir manger des œufs, du fromage et du laitage les jours de vigiles, pendant le carême et tous les vendredis de l'année.
Lorsque la bulle avait été reçue en Ës{)agne, elle était portée, sous un baldaquin, au bruit des trompettes et en grande pompe, â l'église cathédrale, et de là à toutes les paroisses du (^ocèse. Dans chacune de cellesci, des prédicateurs exhortaient le peuple à 'prendre les indulgences qui y étaient spécifiées. A cet effet, la bulle s'imprimait par millions d'exemplaires que distribuaient, sons l'autorité d'un commissaire général du roi, des personnes députées ad hoCf lesquelles écrivaient sur chaque exemplaire le nom de celui qui l'achetait. Le prix en était, par tête, de 2 réaux (environ 60 centimes) pour le commun, de 4 réaux pour les gentilshommes (caballeros), et de 8 réaux pour les seigneurs et les gens titrés. ^-v
Nul n'était contraint d'acheter la crazada^ mais il n'y avait, pour ainsi dire, personne qui ne voulût Tavoir, soit par des motifs de dévotion, soit parce que les confesseurs refusaient d'absoudre ceux qui, ne l'ayant pas, auraient mangé des œufs ou du fromage en temps prohibé,
La cruzada s'accordait par les papes ordinairement pour trois années. Le commissaire-général, afin d'en tirer plus d'argent, répartissait entre, les trois années les grâces spirituelles qui y étaient contenues, de manière .à exciter les fidèles à en renouveler, chaque année. Tachât. Elle n'avait de force que pendant le temps précis pour lequel elle était concédée.
Dans le même espace de temps on publiait six petits jubilés (giubilei minori) obtenus avec la bulle de la cruzada^ et qu'on gagnait aussi en payant une certaine somme.
Plus d'un abus se commettait à loccasion de cette bulle. Le roi en affermait ordinairement la vente à des personnes qui recevaient un tantième sur le produit des exemplaires vendus. Afin d'eu placer davantage, ces fermiers se faisaient accompagner de prédicateurs dont la spécialité était de prêcher la bulle, et qu'ils gratifiaient de tant de maravédis par exemplaire acheté grâce à leurs prédications. Ceux-ci, en vue d'un plus grand bénéfice, menaçaient leurs auditeurs des peines les plus terribles, s'ils ne s'empressaient de se procurer la bulle. On faisait ainsi un commerce de la distribution d'une grâce spirituelle.
Instruit de ces abus, Pie V, à son avènement et pendant plusieurs
rapportait plus d'un million d'écus ; le subside du clergé s'élevait annuellement à un tiers environ de cette somme.
Ce fut dans ces circonstances qu'arriva à Madrid Pietro Camajani, évoque d'AscoIi *, envoyé en ambassade extraordi-
annécs, se refusa, malgré tontes les sollicitations de Philippe U, & loi accorder la LuUe de la cruzatla. Ce fut seulement en 1571, lors de la conclusion de la ligue entre le saint-siége, TEspagne et la république de Venise contre les Turcs, qu'il revint sur sa détermination & cet ég^rd, et il apporta alors diverses moiliûcations à la manière dont la bulle se publiait et se distribuait.
Il voulut toutefois, en 1567, donner an roi quelque moyen de supporter les grandes dépenses qu'allait lui occasionner le rétablissement de rordre aux Pays-fias : il lui concéda le droit de faire payer la dîme, à son profit, par la plus riche de chacune des paroisses de ses royaumes! Cet impôt fut appelé Vexcusado, parce que ceux qui payaient ainsi la dlme au roi étaient dispensés de la payer à l'Église. On en avait évalué le produit annuel à plus d'un million d'écus, mais en réalité il n'en rapporta godre que deux cent cinquante mille.
Le subside du clergé avait été établi sous le pontificat de Pie lY,- gai l'avait accordé au roi pour cinq années ; Pie V le renouvela pour dn^ autres années, aussi en 1571, à l'occasion do la conclusion de la ligoo catholique. Il était réparti, par le clergé lui-même, sur ses membres. Le roi, en l'obtenant, s'était obligé à entretenir constamment soixante galêrof pour servir contre les ennemis de l'Église ; mais le produit en était son* vent détourné de cette destination.
Lorsqu'on 1571, les deux bulles de Pie V pour la cruzada et le snbsida du clergé arrivèrent à Madrid, Vévôque de Cuença, confesseur du roi, tlU trouver le nonce et lui dit : « Monsieur le nonce, notre seigneur Pie V s » fait les choses aussi .pieusement que nous pouvions le désirer, et iles^ » arrivé à Sa Sainteté ce que nous autres les Castillans nous disons pu » forme de proverbe : que les constipés meurent de la diarrhée » (Sefi^ nuncio, nuestro seftor Pio V lo ha hecho tan piamente como noioif^ mismos deseavamoSj y ha à Su Sanlidad aeonteeido lo que not lot C^ tellanos aqui décimas par refran : que las estitieot mueren de eàmerff^'
Nous avons emprunté la plupart de ces détails aux relations faites ^ sénat de Venise, en 1563, par Paolo Tiepolo, et en 1573 par Leon^»^ Donato. La première est dans le t. XIII et la seconde dans le t. XIY ^ Relazioni degli ambasciatori veneti.
1. Il était d'une noble famille d'Ârezzo. Piç V venait tout réeemr (le 7 octobre) de le nommer évêque d'Ascoli. Il occupait auparav -^ siège de Fiesoli.
Il arriva à Madrid le 1er novembre, suivant un avis envoyé par F"*" ^ quevaulx à sa cour.