CHAPITRE X
' die, où elle attendrait le duc d'Albe, la vieille infanterie espagole qui occupait les garnisons des royaumes de Naples, de Sicile, de Sardaigne, et au duc d'Albuquerque, gouverneur de l'État de Milan, de doubler la force de la cavalerie qu'il y avait dans cet État. Le duc d'Albe trouverait ainsi réunis, à son arrivée en Lombardie, huit mille hommes dç vieilles troupes espagnoles, auxquels s'ajouteraient trois ihille hommes de npuvelle levée qu'il emmènerait avec lui. Il disposerait, déplus, d'un régiment d'infanterie allemande, commandé par le comte Albéric de Lodron, qui était venu en Italie pour le secours de Malte. En approchant des frontières des Pays-Bas, il appellerait à lui les gens de pied et de cheval dont le rassemblement avait été préparé en Allemagne par la duchesse de Parme. Enfin, si ces forces ne suffisaient pas, il les augmenterait dans la proportion qu'il jugerait nécessaire.
Les princes d'Italie pouvaient concevoir de l'ombrage de la concenjLration de troupes qui allait avoir lieu dans la Péninsule ; Philippe leur écrivit pour leur en expliquer le motif, et les assurer de ses dispositions amicales à leur égard. Il fit donner les mêmes assurances aux cantons suisses par le comte Juan de la Anguisola, qu'il chargea de résider auprès d'eyx jusqu'après le passage de son armée le long de leurs frontières. Il envoya don Juan de Acuna au duc de Savoie, et don Bernardine de Mendoza au duc de Lorraine, afin que, en traversant leurs États, ses troupes y fussent pourvues de logement, de vivres et des autres objets dont elles auraient besoin. Il fournit au premier de ces princes un subside destiné à l'entretien de deux mille soldats italiens qu'il tiendrait sur pied pendant que l'armée espagnole passerait par son pays. Il chargea Francisco d'Ibarra, provéditeur général de ses armées et escadres, de toutes les dépenses de cette
expédition , depuis le rassemblement des troupes en Italie jusqu'à leur arrivée aux Pays-Bas *.
Comment Philippe pouvait-il faire, face aux frais d'un armement aussi formidable ^, lui dont les finances avaient été jusque-là si embarrassées? Il n'est pas inutile de le dire. La flotte des Indes, arrivée à Séville au mois de septembre, avait apporté en or cinq millions et demi de ducats, <Jont onze cent mille étaient destinés pour le trésor royal et Je reste pour les marchands : c'était le tribut le plus fort que l'Espagne eut jamais tiré du Nouveau-Monde. Les règlements des Indes donnaient au roi la faculté de disposer de la part des marchands, à condition de leur en payer l'intérêt ; Philippe II en usa pour les quatre millions quatre cent mille ducats qu'ils avaient cette fois à recevoir^. Il fit, parTentremise du génois Nicolo Grimaldi, un emprunt considérable ♦. Il donna à un autre Génois, moyennant trois cent cinquante mille écus, le monopole du débit des cartes à jouer. Il vendit à vie les offices de régidors, ce qui lui valut de .grosses sommes. Il comptait sur des dons gratuits de la part des certes de Càstillc et d'Aragon qu'il se disposait à convoquer, ainsi que de l'État de Milan ». Le royaume de Naples venait de lui accorder deux millions «. Enfin il se flattait que le pape, mû par la sollicitude que lui inspirait le rétablissement de la religion catholique dans les Pays-Bas,
1. Lettre de Philippe II an grand commandeur de Castille, sod ambassadeur à Rome, dn 26 novembre 1566, dans la Correspondafue de Phi" lippe II, etc., t. I, p. 487. — Cabrera, liv. VII, cbap. vu, pp. 417-418.
3. La dépense en était évaluée à six on sept millions d'écos* (Avis de Fourquevaulx à Charles IX, du 9 décembre 1566.)