‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 20 sur 358 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

C'était une difficile et délicate mission que celle qu'acceptait le disciple de Vives; mais aussi quelle perspective n'offrait-elle pas à celui à qui elle était confiée ! Adrien d'Utrecht, précepteur de Charles-Quint, s'était élevé des derniers rangs de la hiérarchie ecclésiastique jusqu'au trône pontifical. Juan Martinez Siliceo, de simple professeur de théologie en l'université de Salamanque, était devenu cardinal et archevêque de Tolède, pour avoir été le précepteur du prince Philippe. Honorato Juan ne se trouvait pas, il est vrai, dans les mêmes conditions; il était laïque : mais que fallait-il pour que, lui aussi, il pût aspirer aux hautes dignités de l'Église? Il fallait seulement qu'il prît les ordres, et ce fut ce qu'il fit, avec l'assentiment du roi, dans la cinquième année de l'exercice de sa charge *.

Juan ne perdit pas de temps pour commencer l'éduca- ^ tion de don Carlos, puisque nous le voyons, dès le mois f d'août 1554, lui donner ses premières leçons *. Quelques ' mois après, il soumit au prince Philippe, alors en Angleterre, le plan qu'il se proposait de suivre pour développer graduellement Vîntelligence de son élève : Philippe, tout en approuvant ce plan , engagea le précepteur de son fils à mettre entre ses mains, dans le principe, les auteurs les plus faciles, afin que les difficultés ne le rebutassent point et ne ^ lui fissent pas abhorrer l'étude ^.

1. c< He holgado de que os determinâsedes à mudar âbito, como escrivis que lo aveys hecho, potque sera mas à propôsito para el rezar y asistir â la missa como tengo ordenado. » (Lettre du roi à Honorato Juan, écrite de Bruxelles, le 31 mars 1559, ap. Kirgher» p. 140.)

S. Dans une lettre en date du 4 novembre 1554 (ap. Kirgher, p. 136.), Philippe II exprime à Juan la satisfaction avec laquelle il a appris, par la sienne du -25 août, qu'il a commencé « a leer al infante. »

3. « .... Lo que me parece sobre ello es que por aora, â los principios, le devcys poner en los autores mas faciles, porque la diticullad no le

De son côté, Charles-Quint écrivait à don Antonio de Rojas, ayo et grand maître de don Carlos : « Don Hernando de Rojas » m'a rendu compte avec détail de la santé de l'infant et » d'autres particularités que j'ai été charmé d'apprendre , » comme je l'ai été de savoir qu'on observe un ordre tel qu'il » ne se refuse pas à T élude, et qu'il est si bien corrigé et » discipliné. Je vous en remercie et le tiens à service. Quoi- » que cela ne soit pas nécessaire, d'après le soin et la dili- » gence que vous apportez en tout, je vous charge d'être » très-attentif à ce qu'il vive retiré, et de faire en sorte qu'il M se modère dar)s ses actions, qu'il ne soit pas aussi libre » qu'il l'a été jusqu'ici, car on me dit qu'il l'a été trop, et » vous comprenez les conséquences que cela peut avoir , » eu égard surtout à son âge ; enfin je désire que vous l'é- » loigniez, autant que possible, de la société des femmes *. »

Les soins d'Honorato Juan produisirent d'abord le fruit qu'il pouvait s en promettre : l'infant montrait de l'application; il écoutait avec plaisir les leçons qui lui étaient données; il en profitait. Il ne manquait pas, d'ailleurs, d'esprit naturel, et Ton citait de lui des saillies dont on fit même un recueil, pour l'envoyer à l'empereur, son aïeul ^. On conçoit la joie de Philippe, en recevant des nouvelles aussi satisfaisantes ^.

espante, 6 le haga aborrecer las letras. ...» (Lettre de Philippe II à Juan, écrite de Hamptoncoûrt, le 6 mai 1555, ap. Kirgher, p. 137.)

1. « .... Os encargo mireis mucho por su recogimiento,endereszando ^ue sea templado y moderado, y no tan libre como hasta aquf, que me dicen que ha sido demasiado, pues yeis lo que en ello va, especialmente teniendo los anos que tiene, apartândole lo que se sufrlere de la comunicacion de las mujeres. ...» (Lettre du 10 janvier 1555, écrite de Bruxelles, dans la Coleccion de documentos inéditoSt etc., t. XXVI, p. 478.)

% Relation de Federico Badoaro, faite au sénat de Venise en 1557. Voy. nos Relations des ambassadeurs vénitiens sur ÇharlesQuint et Philippe //, p. 65,

3. Philippe, écrivant, de Bruxelles, le 2 mai 1556, à Honorato Juan, Im

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