CHAPITRE XI
Il iil'eét pas difBcile de (3oncevoir l'impression que produisit sur Philippe II cette nouvelle incartade de son fils. Soit qti'H voulût pourtant user de dissimulation avec lui, dans la crainte d'inconvénients plus graves auxquels il n'aurait pu remédier, soit qu'il tînt à s'assurer — comme son confesseur, l'évéque de Cuença, le disait, l'année suivante, àl'ambassadeur de Venise — si les choses désordonnées que faisait le prince procédaient, où d'une ardeur excessive de jeunesse, ou du désir de dominer, ou d'un manque de jugement, il prit plusieurs mesures qui devaient être particulièrement agréables à don Carlos : il lui confia la présidence des conseils d'État et de guerre ; il lui donna le pouvoir de disposer sur certaines affaires du gouvernement ; il éleva à cent mille ducats sa dotation qui n'était que de soixante mille. Indépen<famment de tout cela, il lui fit la promesse formdle de l'emmener aux Pays-Bas *.
Pendant quelque tefnps, de meilleurs rapports existèrent entre don Carlos et son père. Le prince présidait régulièrenlérlt àtix assemblées du conseil ; il s'y conduisait avec retenue; il montrait, sinon une parfaite" connaissance des
pas lui commanit[uer lei âecret de son père : «c Allain darumben das er imié Hëihès Vaters gehainib (GeheimDisse) nit sagen woUen. »
f. « .... Le prince est fort resjouy de quoy le roy son père luy a promis de le mener quant et luy en Flandre, et de luy avoir augmenté son estât de 40,000 escus par an, outre 60,000 qu'il en avoit ; a ordonné pareilfètoiefïït quef les conseils d'Ëstat et de guerre se tiendront dorénavant en la chambre dudict prince, où don Juan d'Autriche entrera... » (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 21 mai 1567.) — « — Con tutto ciô (Suà Gattolica Maestà) andava toUerando le sue paccie, vedendo se per giorftata si andasse a componerlo, e ha fatto diverse prove per veder se le eose stravacanti che faceva procedevano da furor giovenil ne da appetito di doxninar, o per mancamento de giudicio ; perô lo pose capo en U consegU, li diede autorità di comandar in moite cose, ordinô che U fusse somministrato sempre- grossa summa de danari.... » (Lettre de Sigismohdo Cavalli, du 11 février 1568.)
affaires qui y étaient mises en délibération, du moins la volonté de l'acquérir. Il se rendait avec les ministres auprès du roi, et lui faisait rapport sommairement de ce que le conseil avait résolu *. Mais, s'il faut en croire un témoignage qui n'est peut-être pas exempt de partialité, ces bonnes dispositions furent de courte durée : bientôt on reconnut que don Carlos apportait la confusion dans les séances du conseil ; qu'il faisait un déplorable usage de rautorité qui lui avait été confiée; qu'il s'épuisait en folles dépenses. Le roi alors revint sur plusieurs des choses auxquelles il s'était prêté en sa faveur. L'antipathie qu'il y avait entre le fils et le père s'en augmenta 2.
L'empereur Maximilien II n'était point ignorant des actions publiques et privées de don Carlos; les dépêches de son ambassadeur, le baron deDietrichstein, l'en instruisaient régulièrement 3, et il en était informé aussi par d'autres voies ^. Il n'en persistait pas moins, ainsi que l'impératrice,
1. Post ducis Albani abitum, princeps Doster in consilio pnesidere cœpit, présente quoque domino Joanne ab Anslria. Hactenas permodestè se gerit, et rem intelligere aut sanë intelligero veUe ostendit, itque nobiscum ad regem ; et quœ acta in consilio sunt , summatim referet. Reliqua nos snpplemus. ...» (Lettre du garde des sceaux Hoppems an président Viglius, du 30 mai 1567, dans Hopperi Epistolœ ad Viglium, p. 1S7,) — Dans un Mémoire envoyé à Cbarles IX le 30 juin 1567| FonrqiieTaiilx disait, en parlant du prince : « Les conseils d'Ëstat et de guerre se tien- » nent en sa chambre ; il commande absolument en beaucoup de chose*» » et veut estre obéy sans réplique. »
2. C'est encore le confesseur du roi qui, au mois de féyrier 1568, disait cela à l'ambassadeur de Venise : « Ma si conobbe e si proyô che qnando > lui entrava in consilio, poneva confusione in tutto e impedimenio in » ogni deliberatione ; la auto ri ta havuta dal re usaya, par il contrario, » ne a suo maleficio ; li danari li gettava fuori di proposito e sema » giudicio : pero parve a S. M. di tornar a rivolger la man in tutle qoeste » cose. Da qui si augmentomo le discontentezze.... » (Lettre de Sigismondo Gavalli, ci-dessus citée.)