‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 219 sur 358 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

à vouloir donner au prince d'Espagne la main de l'archiduchesse Anne : l'un et l'autre ils se flattaient que le mariage calmerait la fougue de son caractère ; que la douce influence d'une compagne aimable et jolie adoucirait Pàpreté de son humeur. Déjà, à la fin de 1565, l'empereur avait témoigné à Chantonay son étonnement du retard que le roi catholique mettait à se résoudre surTunion projetée *. Mais Philippe II hésitait de plus en plus à prendre une telle résolution. Craignait-il, comme il le donna à entendre après l'arrestation de son fils, de faire le malheur de l'archiduchesse? Était-il persuadé que le prince était incapable de continuer sa dynastie ? N'appréhendait-il pas plutôt que don Carlos, marié avec la fille deTempereur, ne devînt encoçp plus difficile à maintenir dans les bornes de la soumission et du respect envers lui; que son orgueil et ses prétentions ne s'en accrussent; qu'il ne fallût lui assigner un revenu beaucoup plus considérable que celui dont il jouissait, et l'investir du gouvernement, peut-être même de la souveraineté de quelqu'un des États de la monarchie? L'histoire, en Tabsence de données certaines, ne saurait former là-dessus que des conjectures.

Il y avait un autre mariage dpnt le roi catholique poursuivait avec chaleur la conclusion auprès de Maximilien : c'était celui de Tarchiduchesse Elisabeth, deuxième fille de l'empereur, avec le roi don Sébastien de Portugal. Philippe

» Le courrier de l'empereur s'en retourne. Il s'en va mal édifié des con- » 4enances qu'il a veu tenir au prince d'Espaigne en table et hors icelle, » et m'a dit qu'il ne les cèlera point à son maître, estant bien n^arri qu'il » faille que madame la princesse Anne de Bohesme espouse un prince si j> mal composé de personne et de mœurs comme il est. »

1. « El emperador se maravilla macho de lo que se larda à responder sobre lo del casamiento, » (Lettre de Chantonay au roi, du 13 octobre 1565, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelley t. IX, p. 568.)

n'y avait pas songé d'abord; il ne s'en était avisé que lorsqu'il avait appris que la cour de France demandait la main de l'archiduchesse pour Charles IX, et proposait, à Lisbonne, pour le roi don Sebastien, la princesse Marguerite de Valois. Il avait ainsi un double intérêt à persuader l'empereur d'acquiescer à ses vues : car, s'il y réussissait, il empêchait, du même coup, que la politique française n'acquît de l'influence dans la Péninsule et en Allemagne *.

Maximilicn eût infiniment préféré une alliance avec la France, de laquelle il était fondé à se promettre quelques avantages, au mariage de Portugal, qui ne pouvait lui être d'aucune utilité. Une autre considération le préoccupait encore : il craignait, s'il rejetait les ouvertures de la cour de Fontainebleau, que la maison de Valois ne s'unît à la maison de Saxe, et que, profitant de l'appui qu'elle trouverait par là dans l'Empire, elle ne cherchât à y supplanter la dynastie des Habsbourg ^. Mais il désirait beaucoup aussi conserver les étroites relations existantes, depuis quelques années, entre lui et le roi d'Espagne. Dans l'embarras où il était, il s'attacha d'abord à gagner du temps. Il répondit à l'ambassadeur de France, Tévêque de Rennes, qu'avant de donner suite aux propositions de sa cour, il avait besoin de savoir si elle était disposée à restituer à l'Empire les villes de Metz, Toul et Verdun, à renoncer à son aUiance avec le Turc, et à trouver bon que les liens qui l'unissaient au roi catholique subsistassent sans altération, même qu'il pût secourir son beau-frère,- en cas de guerre entre l'Espagne et

1. Voy., dans la Coleccion de doeumentos inéditot, elc, t. XXVIII, pp. 427 otsuiy., la pièce intitulée Relacion sumaria de lo que te ka Èra' tado con el em])erador y cou el rey de Portugal sobre su eatamiênto con la infantejsabel,

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