‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 238 sur 358 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

était venue de s'enfuir d'Espagne : il Tembrassa, dès ce moment, avec ardeur, et ne cessa plus d'en poursuivre la réalisation. Le plan auquel il s'arrêta fut de passer en Italie, d'où il se rendrait, selon les circonstances, soit aux Pays- Bas, soit à la cour de l'empereur *.

Un pareil dessein n'était pas nouveau dans l'histoire. Louis XI, encore dauphin, s'était réfugié auprès du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, pour se soustraire à Tautorité paternelle, et, tant que Charles VII avait vécu, il était resté éloigné de la France ^. Mais Louis XI, durant son séjour aux Pays-Bas, n'avait point cherché à porter le trouble dans les États de son père ; il lui avait même, à différentes reprises, fait témoigner sa soumission et sa déférence^, tandis que lout ce qu'on connaît de don Carlos autorise à croire qu'il aurait poussé la désobéissance jusqu'à la révolte*.

et de cincq personnes à qui il disoit vouloir mal extrêmement, ledict seigneur roy estoit le premier.... » (Lettre du même à Charles IX, du 19 janvier 1568.)

1. Fourquevaulx écrit à Catherine de Médicis, le 21 août 1567 : « Ce » roy.... est^al satisfait du prince, et voit bien qu'il se veut desrober de » luy...; et craint ces te Majesté qu'il s'en aille en Portugal ou en antre » part.... » — L'envoyé de Gênes à Madrid, Marcantonio Sauli, mande au doge, le 25 janvier 1568 : « Quelle che io intendo.... è che il principe.... » fasse entrato in capricio, da molti mesi in qua, di fuggirsene in Por- » togaUo o in Àilemagna.... »

2. Histoire des ducs de Bourgogne^ par M. de Barante, 4^ édition, t. VIII, pp. 45 et 52.

3. DucLOS, Histoire de Louis XI, — Sismondi, Histoire des Français,

4. <c J'ay sceu qu'il pensoit s'en aller à Gênes, pour, estant arrivé en

^ Italie (où n'y auroit eu faulte de gens qui l'eussent poulsé à troubler

' toutes choses), sommer et constraindre la Majesté Catholique de luy

* accorder certains articles hors de toute raison.... » (Lettre de Fourque-

'^^^Ix, du 5 février 1568.) — « Mi dice questo mio amico che il principe... .

* ^Voleva sopra l'armata passar con don Giovanni d'Àustria in Italia , e

* ^ïaetter revolutione nelli Stali di S. M. in quelle parti e veder di far-

* ^«ne padrone, e passar poi nella Fiandra, per tiaver quelli altri, etc. » •--•^ ttre de Sigismondo Cavalli, du 22 janvier 1568.) — « La verità è chei. . .

^*era risoluto, con l'aiuio di don Giovanni d'Austria, col seguilo de*

Il y avait, (railleurs, plus d'un point de ressemblance dans la situation vi même dans le caractère du dauphin de Viennois et du prince des Asturies. Comme don Carlos, Louis XI était ambitieux et d'un esprit inquiet; il voulait commander et ne savait pas obéir; il détestait son père ; il était Tennemi imi)lacable des conseillers que le roi honorait de sa faveur. Mais, sous d'autres rapports, que de différence entre eux ! Si personne n'était plus imprudent que le dauphin dans ses discours, nul n'étiiit plus caché dans sa conduite * : le prince d'Espagne ne dissimulait rien, ni ses sentiments ni ses actions. Aussi Louis XI réussit dans son projet, et don Carlos vit avorter le sien.

Il est vrai qu'il était plus difficile à don Carlos de se rendre du contre de la Castille en Italie, qu'il ne l'avait été à Louis XI de passer du Dauphiné dans la Bourgogne : indé- ])endamment de la distance à franchir et de la mer à tra^^ser, il lui fallait mettre en défaut la surveillance ombrageuse du roi et le zèle de ses officiers. Une telle 'entreprise exigeait d'ailleurs des moyens d'exécution préparés de longue main et en grand secret ; elle exigeait surtout des amis dévoués. Don Carlos était trop dur envers ceux qui rapprochaient pour avoir des amis ^, et l'on verra que les moyens auxquels il eut recours devaient nécessairement éveillerl'a^ tention et les soupçons de son père.

Ce fut à cette époque et dans ces circonstances qu'il crot devoir s'entourer de précautions extraordinaires pour 1«

» principi dltalia c aiuto dell' imperatore, riboUarsi da sao padre.»* ' (Lellre do Nobili, du 25 janvier 1568.) —«.... A questo aggioDgeran» » allre cause, clie dicono apparire per proprie sue scrittare, cioô d'ha^*^ » Iiavulo animo di fuggire, impadronirsi deir arniata, de' Stati, o co« 30 simili.... 3} (Lettre do l'archeyêque de Rossano, du 4 février 1568.)

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