‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 239 sur 358 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

sûreté de sa personne. Il ne se couchait plus sans avoir des armes sous son chevet, outre des arquebuses, de la poudre et des balles qui étaient placées en réserve dans sa garderobe. Les règles de l'étiquette prescrivaient qu'un de ses gentilshommes dormît dans sa chambre : non-seulement il s*en affranchit, pour être seul pendant son sommeil, mais encore, afin qu'on ne pénétrât point chez lui contre son gré, il fit faire, par l'ingénieur français Louis de Foix S un mécanisme au moyen duquel il put, étant au lit, ouvrir et fermer sa porte 2. Le même de Foix avait fait, par. ses ordres, un livre assez pesant pour tuer un homme d'un seul coup; ce livre, composé de douze tablettes de pierre bleue, 4ong de ^ six pouces et large de quatre, était couvert de lames d'acier et, par-dessus, de lames d'or. Don Carlos avait voulu avoir un livre de cette façon, après avoir lu dans les annales d'Espagne qu'un certain évêque prisonnier, ayant enveloppé de cuir une brique de la grandeur de son bréviaire, s'en

1. De Foix était au service de Philippe II en qualité d! horloger, d'après les actes conservés dans les Archives de Simancas.

2. C'est ce que de Foix raconta lui-même à de Thoc (Histoire universellet liv. XLUI), et le fait est confirmé par les comptes des dépenses de don Carlos, qui en précisent la date. On lit, dans un état des ouvrages exécutés par de Foix pour le service du prince : a En 24 dias del mes de octu- » bre de 1567 anos, hizo, por mandado de S. A., un cordon grueso y tej> jido de seda carmesi de Granada, para cerrar con un ingenio las puertas » de la càmara de S. A., que tiene sesenta varas de larga, y peso cinco » libras y u(ia onza, que son ochenta y una onza, y à real de hechura

» de cada una » (Arch. de Simancas, Contadurias générales , la época,

leg. 1056.) — Une relation, faite à Madrid, le 16 juin 1568, par Ruy Diaz de Quintanilla, de l'argent qu'il avait prêté à don Carlos, contient les deux articles suivants :

a Di a masse LuisDufois, relogero de S. M., a buena cuenta para las » ruedas del ingenio que hacia para las puertas del aposento de S. A.., » 100 reaies. »

a Pagué , por la misma ôrden , 15 reaies de 30 libras de plomo » que compré para los dichos ingenios de las puertas.... » (Ibid,, leg. 1110.)

était servi pour tuer celui qui le gardait et s'était sauvé ensuite *.

Pour rexécution de son plan, don Carlos avait besoin de beaucoup d'argent, et il n'en avait pas. A Madrid il ne pouvait guère espérer d'en obtenir; son crédit y était ruiné. Il , envoya à Tolède, à Médina del Campo, à Valladolid, à Burgos, deux de ses aides de chambre, Garci Alvarez Osorîo et Juan Martinez de la Cuadra, chargés de solliciter en prêt, des marchands de ces différentes localités, des sommes plus ou moins considérables 2. Mais là aussi les hommes «de

1. i)E Thou, Ilistoirp universelle, liv. XLUI. Le personnage dont il est ici question est don Antonio do Acuna, évèque de Zamora, qai fut enrermé au château de Simancas pour la part qu'il avait prise à la révolte.des comuneros. Il assomma, à la vérité, le concierge de ce château, au moyea d'une pierre, de la forme cl de la dimension de son bréviaire, qu'il avait recouverte d'un fourreau, comme il a\ait l'habitude de le faire de celui-ci; mais il ne parvint point à se sauver. Le fils de la victime, aidé de quelques autres personnes, l'arrêta, et Charles-Quint, à la nouvelle du crime qu'il venait de commettre, le fit étrangler. \BulleUn8 de la Commistion royale d^histoire de Belgique, 1" série, t. IX, pp. 316 et suiv.)

Dans les comptes des dépenses de don Carlos, on trouve di£Férents articles qui paraissent se rapporter ù. la confection du livre dont parle de Thou, d'après le témoignage de de Foix. Un de ces articles est ainsi conçu : « A Luis de Fois, relojero, 100 reab^s que S. A. le mandô dar, por oro » para dorar un libro de mcmoria de S. A. » {Contaduriat générales, 1° e'poca, leg. 1110.) Un autre, qui est consigné dans le compte de 1566 de Juan Ëstebez de Lobon, guardaropa du prince, porte : « Para clavar nna j> guarnicion de unas hojas de un libro de memoria, dos castellanos de » oro » (76/ J., leg. 1053.)

De Foix avait aussi fait plusieurs horloges pour don Carlos. Un état des ouvrages exécutés par lui en 1564, 1565 et 1566, contient les articles suivants :

« Mas hice, en el ano 1565, un relox que ténia cinco muestras : las horas con desperlador; cl movimiento de! sol; las horas cuando el sol sale y se pone; la cantidad del dia y noche; los dq^e meses del aAo; la cual obra estd hecha con sus colunas à manera de templo anlig^o : que vale la hechura del dicho relox 400ducados. »

« Mas hice, en este ano de 1566, un despertador para la cdmara de s. A., con mucho artificio, la cuerda con muchas ruedas : que vale la hechura 1,100 reaies. » {Contadurias generaleSf 1* époea, leg. 1056.)

2. Les voyages d'Osorio sont constatés par les deux articles suivants

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