‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 253 sur 358 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Don Carlos s*était remis au lit avant cette dernière scène. Philippe, appelant le duc de Feria, lui commanda spécialement, en sa qualité de capitaine de la garde, de veiller sur la personne du prince, qui aurait sa chambre pour prison; Ruy Gopoz, le prieur don Antonio et Luis Quijada devaient lo seconder dans cette surveillance , en telle sorte qu'un d'eux fut présent à toute heure de jour et de nuit. Au comte de Lerma et à don Rodrigo de Mendoza le roi enjoignit de servir le prince comme auparavant , avec les plus grands égards, mais sans le laisser ni parler à qui que ce fût, ni recevoir oq envoyer de message, et en observant attentivemenrt ses moindres actions, pour lui en faire rapport à lui-même. « Je compte — dit-il aux six gentilshommes à qui il venait de confier la garde de son fils, — je compte sur la fidéhté et » la loyauté que vous m*avez jurée. » Etant passé dans l'antichambre, il adressa aux monteros ^ qui y étaient de service les paroles suivantes : « Vous vous conformerez exactement » aux ordres que le duc de Feria vous donnera en mon » nom ; quoique vous n'ayez pas accoutumé de servir pen- » dant le jour, vous le ferez dorénavant ici, et je vous en » récompenserai ; annoncez-le à vos camarades » *. Après cela il reprit le chemin de ses appartements, tandis que le duc de Feria plaçait des monteros à toutes les portes communiquant à la chambre du prince , s'en faisait délivrer les clefs, et intimait aux serviteurs de don Carlos qui étaient

» en roy, et non en père. » (Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 19 janvier.)

1. Les monteros étaient des servitours de la maison royale dont l'office consistait à veiller, la nuit, dans les pièces attenantes à celles où dormaient le roi, la reine et les infants, pour la garde de leurs personnes. Ils devaient ^tre hidalgos et natifs ou originaires de la ville d'Espinosa : c'est pourquoi en les appelait habituellement monteros de Espinosa.

2. QuiNTANA, Historia de la antigûedadf nobleza y grandeza de Madrid, fol. 340.

loges dans cotte pnrtio du p«ilaîs Tordre do Tévacucr incontinent.

Plusieurs des ambassadeurs qui résidaient à Madrid, en rendant compte à leurs cours de l'événement dont nous venons de rapporter les détails, s'extasièrent sur la tranquillité d'esprit , la constance que le roi avait montrées dans une occasion où tout autre aurait été plein de trouble et de douleur *. L'histoire doit-ello s'associer h cette admiration ? En d'autres termes, faut-il attribuer la contenance de Philippe II à la fermeté d'àme que l'homme juste puise dans Taccomplîssemont du devoir? ou faut-il n'y voir que de la dureté de cœur et l'absence de tous sentiments paternels? Question délicate , sur laquelle nous hésitons à nous prononcer, mais que la conduite ultérieure du roi envers son lils pourrait autoriser à résoudre dans un sens peu favorable à ce monarque.

1. L'ambassadeur do Florence, Nûbili, dans sa lettre dû 25 janvier, s'exprime ainsi : u .... E tutto con molta qnietndine d*animo e grandis- » sima costanza, cosa ccrto miracolosa a chi la vide. » — L'archevâque de'Rossano, dans celle qu'il écrit, le 24 janvier, au cardinal Alessandrino, dit ÙL son tour :«.... E con una quielo e compositura d'animo grande, » con poche parole, lev6 l'armi dol detto principe, etc. » — Dans la lettre qui est à la bibliothèque de Lisbonne, on lit : « Dicen que verdaderamente » no se pufîde encarecer ni désir la modestia, blandnra, ser é valor con » que Su Magcstad estuvo en este auto, t.in sin pensar que faese negocio » de tanta admiracion. »

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