CHAPITRE XII
doutât, arrêté le mouvement des poulies à Taide desquelles se fermait en dedans la porte de la chambre du prince * ; le roi et ses ministres n'eurent donc aucune peine à y pénétrer. Philippe ne se montra pas d'abord ; ses ministres entrèrent les premiers et se saisirent d'une épée, d'un poignard et d'une arquebuse chargée que don Carlos tenait au chevet de son lit. Ce prince, s' éveillant au bruit qu'ils faisaient, demanda qui était là. — « Le conseil d'État, » lui répondit l'un d'eux. Don Carlos se leva précipitamment, comme pour aller prendre les armes qu'il avait dans sa chambre; en ce moment, le roi parut. — « Qu'est ceci? » dit le prince à son père, « Votre Majesté veut-elle me tuer? »
Le roi l'engagea à rentrer dans son lit et à se calmer, lui disant qu'il connaîtrait bientôt sa volonté, qu'il ne s'agissait pas de lui faire du mal, qu'au contraire, ce qui se faisait avait pour but son salut et son bien. Il commanda aux deux ayudas de càmara do clouer, de manière qu'elles ne pusr sent plus s'ouvrir, les fenêtres de la chambre qu'occupait le prince; il fit enlever les armes et toutes les pièces en fer qui s'y trouvaient, sans excepter même les chenets de la cheminée. 11 attachait le plus grand prix à la saisie des papiers de son fils; il présida à la recherche qui en fut faite avec un soin minutieux. Une cassette les renfermait; ce fut dans son cabinet qu'il ordonna de la porter. On y trouva, outre les lettres dont nous avons parlé plus haut et un écrit contenant une espèce de programme de la conduite qu'il se proposait de tenir après son départ de la cour, une liste où le trop imprudent don Carlos avait inscrit, de sa main 2, d*un cote, les noms de ses amis ; de l'autre, ceux qu'il voulait,
1. De Thott, liv. XLIII. — Lettre italienne du 26 janvier 1568. â. oc Tout ce qu'il pensoit, il l'escrivoit de sa main. » (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 5 février 1568.)
rommc ses ennemis, persécuter jusqu'à la mort *. En tête de ces derniers éUiit le roi ; venaient ensuite Ruy Gomez , sa femme, le président d'Espinosa, le duc d'Albe et plusieurs autres. Sur la liste de ses amis figurait en premier lieu la reine Elisabeth, qui était, disait-il, pleine de bonté pour lui*; puis don Juan d'Autriche, « son très-cher et très- * aimé oncle ^ », Luis Quijada, don Pedro Faxardo, etc. *. L'argent qu'il avait dans ses coffres fut aussi enlevé.
Rien ne saurait donner une idée du désespoir qui s'empara de don Carlos, quand il vit qu'il allait être privé de sa liberté. « Que Votre Majesté — dit-il en se jetant aux genoux de son père — me tue et ne m'arrête pas , car ce » sera un grand scandale pour ces royaumes. Si Votive Ma- » jesté ne me tue pas, je me tuerai moi-même; » etaprès avoir proféré ces paroles, on conte qu'il voulut se jeter dans le feu de la cheminée qui était ardent , et qu'il en fut empêché par le prieur don Antonio ^. Le roi lui répondit : « Si vous vous tuiez, ce serait l'acte d'un fou. » — « Je » ne suis pas fou, répliqua don Carlos ; je suis désespéré par » les mauvais traitements de Votre Majesté envers moi, » Le malheureux prince, s'abandonnant à l'excès de sa colère et de sa douleur, laissa échapper encore quelques paroles qu'étouffaient à moitié ses sanglots. Comme il reprochait à son père sa tyrannie et sa dureté : « Ce n'est plus » en père que je vous traiterai désormais, — lui dit Philippe » — c'est en roi ^. »
!.«.... Li quali diceya di havere a perseguitare sempre lino alla morte. »
2. « La regina, la quale (Uceva che gli era amorevo^^lissima. »