‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 264 sur 358 · CHAPITRE Xlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlil

Le roi prescrivit à don Juan de Zùniga, qui avait remplacé dans l'ambassade de Rome le grand commandeur de Castille, son frère, de remettre cette lettre entre les mains de Pie V, et d'en communiquer la copie, qu'il lui envoya, aux cardinaux Pacheco* etGran^lle. Pour que don Juan put, au besoin, répondre aux questions qu'on lui ferait, il lui marqua que la résolution prise à l'égard du prince n'était pas la conséquence de quelque complot qu'il aurait tramé, de quelque faute ou offense qu'il aurait commise envers son père; quà la vérité, le manque de respect et d'obéissance dont il s'était plusieurs fois rendu coupable aurait pu justifier toute mesure sévère dont il aurait été l'objet, mais qu'il n'aurait pas obligé pourtant à en venir au parti extrême qui avait été adopté, et qu'on aurait pu recourir à d'autres expédients. La cause de cette résolution était la conduite et le genre de vie auxquels le prince avait été porté par sa nature et son caractère, et qui étaient devenus si désordonnés que, après avoir vainement usé de tous les moyens d'amendement possibles, et avoir patienté si longtemps, le roi s'était vu dans la nécessité, enfin, pour accompliV ses devoirs de souverain et de père, de le priver de sa liberté. Plus la mesure pouvait paraître grave et rigoureuse, et plus on devait supposer qu'elle avait été dictée par des motifs urgents et sérieux, plus on devait reconnaître que, pour en agir ainsi envers son fils unique, il fallait que le roi n'eût pu faire autrement ^.

Don Juan de Zùniga devait s'exprimer en ces termes dans ses conversations, non-seulement avec le pape et les cardinaux PachecoetGranvelle, mais encore avec tous ceux à qui

1. Le cardinal Pacheco était, à Borne, le protecteur de la couronne «i'Espagiie.

2. Lettre du 22 janvier lîi6B. (Arch. de Siinancas, Eitado, leg. 906.)

384 DON CARLOS ET PHILIPPE li

il aurait à parler ou qui lui parleraient de l'affaire du prince, en s'étendant plus ou moins avec ces derniers, selon leur qualité respective*. PWlippe craignait que Pie V n'intercédât, par lettre ou par l'envoi d'un ambassadeur, en faveur de son fils, ou bien qu*ii ne traitât de l'arrestation du prince dans un consistoire; il chargea expressément son ambassadeur et il recommanda aux deux cardinaux de l'en dissuader s'il lui en prenait envie *.

Malgré les liens étroits de parenté qui l'unissaient à la maison de Valois, Philippe II ne jugea pas à propos d'annoncer lui-même à Charles IX et à Catherine deMédicis la réclusion de son fils : il la leur fit savoir par son ambassadeur à Paris, don Franccs de Àlava, qu'il munit toutefois, à cet effet, de lettres de créance spéciales^. Il en usa également ainsi avec la reine Elisabeth d'Angleterre*. On verra tout à l'heure dans quel sens furent conçues ces communications.

Il écrivit deux lettres différentes au duc d'Àlbe, son lieutenant dans les Pays-Bas : l'une en français, par la voie de la secrétairerie de Flandre; Tautre en espagnol, par celle de la secrétairerie de son conseil d*État. La lettre en français était de la teneur qui suit :

« Mon cousin, estant de nouveau succédé que, pour aulcunes grandes et justes considérations que me y ont meu, ay ordonné de détenir le prince mon filz en son logement, avec garde et service particulier, affin qu'il n'en sortist, ny que traictent ou communicquent avec luy plus de personnes

Page 1