‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 263 sur 358 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de ses relations avec la cour pontiflcale, le respect qu'il professait pour Pie V, le besoin qu'il pouvait avoir du concours de l'Église dans ses vues à l'égard de son fils, tout lui faisait une loi de montrer, en cette occasion, une grande déférence au Saint-Père. Sa lettre était ainsi coAçue :

<r Très-Saint-Père, l'obligation qu'ont tous les princes chrétiens (et que j'ai en particulier, étant dn si dévoué et si obéissant fils de Votre Sainteté et de ce saint-siége), de rendre compte à Votre Sainteté, comme au père commun, de leurs faits et de leurs actes, surtout lorsqu'il s'agit de choses notables et extraordinaires, me met dans le cas de vous avertir de la résolution que j'ai prise d'arrêter et d'enfermer le sérénissime prince don Carlos, mon fils premier-né.

» Il pourrait suffire, pour la satisfaction de Votre Sainteté, et pour qu'elle fit de cet acte le jugement que je désire, de lui laisser considérer, d'abord, que je suis père, et que l'honneur, la réputation et le bien dudit prince me touchent au dernier point; ensuite, que, de mon naturel, comme Votre Sainteté et le monde entier le savent, je suis si éloigné de commettre une injustice, et de procéder en une matière de cette importance sans y avoir mûrement réfléchi et sans de graves motifs. Néanmoins il est bien que Votre Sainteté apprenne que, dans l'éducation dudit prince, depuis son enfance, dans le service, la compagnie et le conseil qui lui ont été donnés, dans la direction de sa vie et de ses habitudes, on a eu l'attention et le soin que pour l'institution d'un prince, héritier présomptif de tant de royaumes et d'États, on devait avoir; qu'on a employé tous les moyens convenables afin de réprimer quelques excès <\u\ procédaient de sa nature et de son caractère, et de réformer ses penchants; que, pendant tant d'années, jusqu'à l'âge où il est parvenu aujourd'hui, on a essayé de tout, et <\\xe rien n'y a fait ; que les choses, finalement, en sont venues

si loin que, pour accomplir ce que je dois au service de Dieu et au bien de mes royaumes et États, je me suis vu absolument forcé, avec la douleur et le regret que Votre Sainteté peut comprendre, puisqu'il s*agit de mon fils premior-né et unique, de faire ce changement par rapport à sa personne, et de prendre une telle résolution, fondée sur de si sérieuses et de si justes causes.

» Je suis donc assuré qu'autour de Votre Sainteté, que je désire ôt prétends satisfaire en tout, de même qu*en quelque autre partie du m(»ndc que ce soit, ma détermination sera tenue pour aussi équitable, aussi nécessaire, aussi, conforme au service de Dieu et à l'avantage du public qu'elle Test réellement. Et, attendu que des suites qu'aura cette affaire, et de ce qu'il y aunUieu d'en communiquera Votre Sainteté, elle en sera informée quand il le faudra, il ne me reste ici (ju'à supplier très-humblement Votre Sainteté, puisque, étant son vrai fils, tout ce qui me touche doit être en visage par elle comme la touchant personnellement, de la recommander, avec son saint zèle, à Dieu, notre Seigneur, afin qu'il la conduise de manière que nous exécutions en tout sa volonté.

» Dieu garde la très-sainte personne de Votre Béatitude, et lui donne de longs jours pour le bon et prospère gouvernement de son Église universelle!

» De Madrid, le 20 janvier 1868.

» De Votre Béatitude

» Le très-humble et très-dévoué fils, » Don Philippe, par la grâce de Dieu, roi d'Espagne, des Deux-Siciles, de Jérusalem, qui baise ses trèssaints pieds et mains.

» Moi le Roi^ »

1. Les ilpjpendtces de notre première édition contiennent le texte de celte

oirre. - • - .

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