CHAPITRE Xlir
que en ay à ce choisy, et estant cecy chose de telle qualité et importance que facillement se feroient et pourroient sur icelluy faire divers jugements et discours, m'a semblé bien de vous en advertir, à ce que le communicquez et le faictes entendre, de ma part, à ceulx de mon conseil d'Estatet aultres mes consaulx, villes et personnes que vous semblera le doibvent sçavoir, et ausquelz Ton ha accoustumé de don-ner part de choses semblables : leur donnant à entendre que ce que s'est faict avec ledict prince ne procède, et que Ton n'est venu avec luy à ces termes, pour offense ou coulpe qu'il aurait commise contre moy, ny pour aultre chose de semblable espèce ou qualité, sinon que sa naturelle et particulière condition ha causé en luy telle manière de procéder que, pour son propre bien et prouffict, et pour ce que à mes royaulmes, Estatz et service touche, et pour aultres justes considérations, ha esté nécessaire d'user avec luy de ces termes. Et si de cy en avant il se offre en cecy aultre chose dont sera bien vous advertir, le feray, affin que le puissiez sçavoir et aussi communicquer, comme à si bons et léaulx vassaulx et subjectz appartient. A tant, etc. De Madrid,
le XXII® de janvier 15fi7 *.
» Philippe. »
Cette forme fut celle dans laquelle le roi chargea ses ambassadeurs de porter à la connaissance des souverains de France et d'Angleterre l'arrestation de don Carlos ; ce fut celle aussi qu'il adopta, sauf de légères modifications, pour les lettres à écrire, en Allemagne et en Italie, aux princes ses parents ou ses amis ^.
1. A la secrétairerie de Flandre, à Madrid, on suivait le style des Pays- Bas, d'après lequel l'année civile commençait à Pâques.
2. On lit, à la suite d'une pièce espagnole dont la lettre française du 22 janvier est une traduction fidèle :
« En esta conformidad se ha de escrivir al duque de Lorena y à la du-
Dans sa lettre en Espagnol, qu'avait rédigée le dpcteur Velasco, il s'ouvrait davantage au duc d'Albe :
« Duc, mon cousin, — lui disait-il, — vous connaissez si bien le caractère et le naturel du prince mon 61s, et sa façon de se conduire, qu'il ne sera pas besoin de m'étendre beaucoup avec vous, pour justifier ce qui s'est fait à son égard, ni pour (|ue vous compreniez la fin qu'on se propose en cela. Depuis votre départ d'ici, il est allé si loin dans ses déportements, il a fait des choses si particulières et si graves, enfin il en est venu à de tels termes, que je me suis résolu à
le détenir dans son appartement, ainsi qu'il s'est fait
Quoique cette démonstration ait été très-grande, et la mesure à laquelle je me suis décidé envers lui très-rigoureiise, vous pourrez reconnaître, par ce que vous avez vu et ce que vous savez, avec combien de raison et de fondement j*ai agi. Certes, alors même que j'eusse voulu, fermant les yeux sur ce qui me touche personnellement, et sur tant de manques de respect et de désobéissances, dissimuler avec le prince, ou du moins recourir à un autre expédient, dès que je considérais mes obligations envers Dieu, notre seigneur, envers la chrétienté et envers mes royaumes M États, ainsi que les notables inconvénients et dommages qui en bien des cas auraient pu arriver plus tard, et même qui déjà étaient imminents, je devais subordonner à ces considérations toutes celles qui touchent la chair et le sang. Je n*ai doue pu, en aucune manière, me dispenser de prendre cette voie, qui m'a paru la véritable et la meilleure pour aller au-devant de tout. » Le roi recommandait ensuite à son
quesa mi prima, y lo de aleraan para con otros, y à los pariantes y ami^s que Su Mag<^ tiene en el Impeiio, mudando lo que paresciere, segnn la qualidad de cada uno dellos.... » (Arch. deSimancas, Eitado^leg, 150.)