CHAPITRE XIll
manière suivante : « Le roi nomma une janlé, composée du » cardinal Espinosa, de Ruy Gomez de Silva et du licencié » Birviesca, de son conseil de la câmarUy pour faire le pro- » ces à don Carlos et justifier sa réclusion... Ce procès et » celui du prince dé Viana sont aux Archives de Simancas, » où, en l'année 1S92, don Cristoval de Mora les déposa en » un coffre vert *. »
Dans aucun des documents que nous avons été à portée de consulter, il n'est fait mention de la juiite dont parle Cabrera ; il se peut bien pourtant qu*elle ait été nommée. Le roi étant résolu de recourir stux voies judiciaires, il était naturel qu*il chargeât des ministres zélés et dévoués de préparer et coordonner les faits et les preuves sur lesquels devait se baser l'acte d*accusation de son fils : or, Ruy Gomez et Espinosa étaient , en ce moment , ceux dans lesquels Philippe avait le plus de confiance et qui étaient le plus avant dans sa faveur ; le licencié Birviesca leur aurait été adjoint comme légiste. Mais d'un projet d*acte d*accusatiqn à un procès en forme il y a loin encore, et comment admettre qu'une commission de trois membres eut décidé ou seulement instruit un procès dans lequel il ne s'agissait de rien moins que de faire déclarer Théritier présomptif de la couronne déchu de ses droits à y succéder ? Les notions les plus élémentaires de justice, à défaut des lois fondamentales
i. «... Hizo una junta del cardenal Espinosa, Ruy Gomez de Silva i ei liceneiado Rirviesca, de su consejo de câmara, para causar proceso juslificando la prision y causa del principe. EnrAiô al archivo de Barcelona por el que causô el rey don Juan II de Aragon contra el principe de Viana Carlos IV, su primogénito, i mand<3le traduzir de catalan en castellano, para ver como estaba fulminado y càusado. Ambos estân en el Archivo de Simancas, donde, en el ano de 1592, los metio don Cristoval de Mora, de su cainara, en un cofrecillo verde en que se conservan... » {Felipe II, liv. VII, chap. XXII, p. 477.)
(le laCasiillo, ne rnuraient jxas permis. Quant au dépôt, dans l(\s Archives de Siniîincîis, d'un' coffre vert renfermant les pièces de ce prétendu procès, il faut avoir bien peq étudié le caractère et les actes de Philippe II pour y ajouter foi. Ce monanjue n'avait pas Thabilude d'envoyer aux Archives les pièces de ce penre, mais il les gardait avec soin dans son cabinet, et, lorsqu'il sentit sa fin approcher, il ordonna expressément, par son codicille du 24 août 1597, qu'elles fussent brûlées ^
Il y avait, à la vérité, aux Archives de Simancas , un coffre 011, selon Topinion généralement reçue en Espagne, . devait se garder le procès de don Carlos. A en croire la trîidition, il était défendu à Tarchiviste d'y loucher, sous peine " (le mort. Pondîint la guerre de l'indépendance, le général Kell(MMnann, qui commandait à Valladolid, le fitouATir; et qu'y trouva-t-on ? Le procès de don Rodrigo de Galderon, marquis de Siete Iglesias, condamné, en 1621 , sous Philippe IV, à être décapité, après avoir, sous le règne précédent, partagé la haute faveur du duc de Lerma, dont il était la créature ^.
On voit donc qu'il faut reléguer parmi les fables le procès de don Carlos et tout ce qui a été brodé là-dessus : le dépôt des actes aux Archives deSimancas, que raconte Cabrera; le bruit de leur enlèvement par l'empereur Napoléon 1" dont parle Llorcnte ^ ; cet autre bruit d'après lequel Ferdinand Vil aurait ordonné qu'on les lui remît, ainsi que M. La-
1 Don MoDESTO LAFUENTE/dans son HUtoria général de Espafîa, t. Xin, p. 339, cite les termes do ce codicille.
â. Voy., dans le premier volumo de la Correipondanee de Philippe ii sur les affairea dpft Pays-Hna^ notre Notice des Archives àê Sûnancas, pp. 27-28.
3. Histoire de Vinquisilioiu traduite de l'espagnol, t. III, p. 18S.