CHAPITRE XIV
et auxquels don Juan de Ziiniga, ambassadeur de Philippe II, ne veut pas croire. —Réponse qu'il fait à un message du pape sur cet événement. — Après aroir reçu ses dépêches, il va trouver le saint-père, et l'en informe dans les termes prescrits par ses instructions — Sentiments que témoigne Pie V. — Don Juati de Zûniga avertit aussi de ce qui s'est passé les membres du sacré collège et le duc de Florence. — Il est secondé efficacement par le cardinal de Granvelle, dont la perspicacité est en défaut dans le jugement qu'il porte de la détermination du roi. — Réponse de Pio Y à la lettre de Philippe : impression qu'elle fait sur le roi, lorsqu'elle lui est présentée par le nonce. — Soucis que cette affaire cause au pape. — Il désire être informé par le roi lui-même des véritables causes de l'arrestation de son fils. — Lettre que Philippe lui écrite — Recherches infructueuses faites pour la découverte de cette lettre aux Archives de Simancas et du Vatican. — Comment elle est parvenue à la connaissance de Laderchi, qui Ta insérée dans ses Annales de l'Église. — Importance qu'on devait y attacher, d'après les termes dans lesquels Philippe en annonçait l'envoi à son ambassadeur. — Texte de la lettre. — Recommandation du roi à don Juan de Zûniga. — Comment celui-ci la remet au pape, traduite en italien par le cardinal de Granvelle. — Paroles de Pie V, après en avoir pris lecture. — Trait distinctif de ce pontife. — Excellence des rapports qui existaient entre les cours de Rome et de Madrid : chapeau de cardinal donné au président d'Espinosa ; pension assignée parle roi au cardinal Alessandrino. — Le duc d'Albe reçoit les dépêches du roi. — Il communique au conseil d'État la dépêche en français. — 11 en envoie copie aux chevaliers de la Toison d'or, aux gouverneurs et aux conseils de justice des Pays-Bas. — Peu de créance que trouvent auprès du public^ belge les choses contenue^ dans cette dépèche ; avidité avec laquelle il accueille des bruits différents venus d'Espagne par des lettres particulières. — Nouvelle dépêche du roi au duc, sur ce que celui-ci avait jugé nécessaires des communications plus explicites ; le roi n'est pas de cet avis : il veut seulement qu'on désabuse ceux qui croiraient que le prince a conspiré contre sa personne ou commis quelque délit contre la ïeUgion. — Excuses du duc. — Effet produit à la cour d'Angleterre par l'arrestation de don Carlos : lettre de la reine Elisabeth à son ambassadeur à Madrid. — Arrivée à Vienne des dépêches do Pliilippe II. — Chantonay et Venegas se transportent au palais, et présentent les lettres du roi à l'empereur et à l'impératrice. — Affliction qu'elles leur causent; paroles de Marie d'Autriche. — Noces d'une des filles de l'impératrice ; l'empereur ne permet pas qu'à cette occasion il y ait des danses ni d'autres divertissements. — Commentaires auxquels donne lieu en Allemagne l'emprisonnement de don Carlos. — Réponses de Maximilien et de Marie aux lettres du roi. — Remarque sur la disposition, attribuée par l'impératrice à l'archiduchesse. Anne, d'aller en Espagne, pour y entrer dans un couvent. — Philippe II comprend qu'il ne peut s'en tenir aux termes vaguer dans lesquels il a annoncé à son frère et à sa belle-sœur la réclusion du prince d'Espagne.
— Il leur écrit do nouveau à tous deux, et leur découvre ses intentions ù. l'égard de son fils. — 11 engage Maximilien à accorder la main deVarcliiduchfîsso Anne au roi de Franco, et à conclure le mariage de l'archiduchesse Elisabeth avec le roi de Portugal. — Ces ouvertures satisfont médiocrement l'empereur, qui ne veut pas renoncer au mariage de sa fille avec don Carlos. — Il se décide, malgré tontes les objections de Cbanlonay ot de Venegas, à envoyer quelqu'un à Madrid, et c'est sur son propre frère l'archiduc Charles qu'il jette les yeux.. — Lettre qu'il écrit au roi Philippe, pour lui en donner avis. — Au moment où l'archiduc allait se mettre en route, on reçoit à Vienne la nouvelle de la liiort de don Carlos. — L'empereur persiste néanmoins à faire partir son frère pour l'Espagne. — Affaires qu'il avait à traiter avec le roi : établissement de ses deux filles ; pacification des Pays-Bas. — Départ de l'arcbiduc. — Pendant qu'il était en chemin, l'empereur apprend la mort d'Elisabeth de Valois. — Il charge son frère d'offrir au roi d'Espagne, poar Ini-môme, l'archiduchesse Anne. — Philippe accepte son offre, et devient ainsi, pour la deuxième fois, le mari d'une femme qui avait été destinée à son fils.
Un événement tel que celui dont le palais de Madrid avait été le théùtre dan? la nuit du 18 janvier 1568, ne pouvait manquer de faire une sensation extraordinaire en Espagne et dans toute TEurope '. Les Espagnols connaissaient les défauts de leur prince ; ils étaient mal édifiés de sa .conduite, mais jamais ils n*auraient imaginé que le roi allât jusqu'à faire enfermer comme un criminel l'héritier présomptif de sa couronne et son fils unique. On s*y attendait aussi peu dans les cours étrangères, bien qu'on y fût instruit des motifs sérieux de mécontentement que don Carlos donnait à son père depuis plusieurs années.
1 . L'ambassadeur Sigismondo Gavalli, dans une lettre dn SI janvier 1568 an doge, parlant de l'arrestation de don Carlos, ajoute : « I quai easo ha » posto confusion e mestitia in tutta questa corle... » — « Je tiens » — écrivait le président Tisnacq, le 31 janvier, au chef et président Vigliug — » que aurez entendu ce que s'estoit icy, contre toute expectation et avec » grande admiration, offert... >> — Un des historiens panôgyilsies de Philippe II convient que sa résolution frap))a de stupéfaction tout le monde : « Asombr(3 la rèsolucion à todos. » (Quintana, Antif^dad, nohleza y grandeza de Madrid, in-fol., 1629, fol. 340.)