‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 282 sur 358 · CHAPITRE XIV 40S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV 40S

rien à répondre, le prince n'ayant pas été reçu encore pour héritier présomptif de cette couronne : « laquelle réponse, i> ajoute l'ambassadeur, fut en vérité bien libre, et d'hom- > mes qui tiennent que Télection de leur roi est en leurs » mains *. »

Si, du sein des régions officielles, aucune voix ne s* éleva pour protester contre l'arrestation du prince d'Espagne, et si les gens timides — ou prudents comme les appelle Cabrera — se regardaient le doigt posé sur la bouche, de crainte de se compromettre 2, la plupart de ceux qui osaient manifester leur pensée blâmaient ouvertement cet acte de rigueur. Le gouvernement de Philippe !I était craint; il n'était pas aimé. Sans parler des juifs, des mahométans convertis, des luthériens, qui tous lui étaient naturellement hostiles, il n'y avait aucune classe de citoyens où il ne comptât des ennemis. Plusieurs des conseillers du roi, et surtout le président d'Espinosa, étaient mal vus de la nation 3.

Qu'on veuille le remarquer : ce ne sont point des écrivains protestants, des détracteurs systématiques de Philippe II, qui nous fournissent cette remarque : c'est un ministre

1. « .... s. M. fece intendere, corne a lulti gli allri, cosi al consiglio di Arragona, la deteDzione del principe, i quali risposero a S. M. che non avendo giurato al principe, non avevano che rispondere : quai risposla in vero fù molto libéra e da uomini che fanno professionc che veramente l'elezione del loro re è in loromano... » (Lettre de Lconardo de Nobili à Côme de Médicis, du 16 février 1568.)

2. « .... Miràbanse los mas cuerdos, sellando la boca con il dedo i el silencio... » (Felipe II, liv. VII, chap.^xxii, p. 474.)

3. oc Nam praeler judœos, mahometanos et haereticos, quorum non

cxiguus per omnem Hispaniam putatur esse numerus, haud sane pauci sunt non optimè erga nonnullos ministros regios affecti, quos exteros esse aiunt, monachos et alios. Ex quibus praeses consilii regii, qui abhinc tribus annis ex ordine erat assessorum, nunc cardinalis est creatus... » (Lettre d'Hopperus à Viglius, du 21 avril 1568, dans Joach, Hopperi Epùtolœ, p. 169.)

ni(}ino (le ce souverain. « Le peuple — écrivait un autre de M ses ministres — est icy fort lieentieulx en son dire, et » n'eusse pensé qucî les langues eussent esté si desbri- » décs *. » Uuc se (lisait-il donc dans les rangs du peuple? L'hisloriographe Cabrera va nous rapprendre. Les uns. reconnaissaient bien que don Carlos avait eu de mauvaises ])('ns('»es, qu'il avait j)ai'lé avec ressentiment; mais , suivant eux, il n'avait fait aucun acte criminel, et le roi aurait pu le ramener à son devoir sans user de tant de violence *. Les autres observaient que les souverains étaient ordinairement jaloux de ceux qui leur devaient succéder ; qu'ils n[aimaient point le génie, la hardiesse, l'esprit généreux et grand chez leuis lils; que cependant les princes qui avaient des égards pour leurs enfants c^n auraient d'autant plus pour leurs sujets, et qu'en accordant à leurs héritiers présomptifs une part raisonnable dans le gouvernement, ils donneraient des garanties à ces derniers ^,

Des plaintes, des murmures, partaient aussi des sphères plus élevées de la société *, Ce concert de critiques ne laissait pas que de troubler Philippe II, si puissant, si redouté qu'il fut ^. Lui, ({ui aimait tant à visiter TEscurial, Aranjuez, le Pardo, il n'osait prescjuc plus s'éloigner de sa capitale; du

1 Lettre de Tisnacq à Viglius, du 31 janvier 1568.

2. c .... El principe, mucliaclio desfayorecido, avia maHpensado i hablado eon r6<»cntiiniento, obrado non, i sin tanta \iuloncia pudlera reJozir a su hijo sucesor inadvertido.,. » (Liv. VII, chap. xxii, p 474.)

3. << — 0(ros dczîan que son los principes zelosos de les que les an de suceder, i les des])laze el ingenio^ dnimo gallardo ijpspfrila geDeroso i grande do los hijos, i que quien los terne mejor temerà los sùbditos, i que los aseguraba el darles con templanza parte del gobierno... » {Ibid,)

4. a ... Multi non impotentes mussîtaot et freniuot» » écrivait, le 35 mai, Hopperus à Viglius. [Joach, Ilopperi Episiolœ, p. 177.)

5. <E Adoo maximi quiquo principes, dum ab aliis meluantur, nec

ipsi ametu suntliberi » (Lettre d'Uopperusà Viglius, da 90 avril, ibid.,

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