‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 283 sur 358 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

fond de son palais il prêtait Toreille aux moindres rumeurs ; il lui semblait à chaque instant que des bruits extraordinaires retentissaient au dehors, et que les habitants de Madrid se soulevaient pour venir tirer de captivité leur prince *.

A la cour cependant, le silence ne tarda pas à se faire sur Temprisonnement de don Carlos. Là on savait que c'était offenser le roi que de s'occuper de son fils, et les courtisans n'avaient garde de s'exposer à la disgrâce du maître. Déjà, le 7 février, le baron de Dietrichstein écrit à l'empereur qu'on ne parle pas plus du prince que s'il était mort ^. L'envoyé de Gènes, dans une dépêche adressée, peu de temps après, à son gouvernement, s'exprime de la même manière : « On ne parle plus du prince, dit-il ; il semble qu'il soit » parmi les morts, au nombre desquels je crois qu'il peut » être placé ^. » L'ambassadeur de Florence mande, de son coté, à Gôme de Médicis : « Le prince d'Espagne est telle- » ment oublié de chacun, qu'il paraît véritablement qu'il » n*ait jamais été au monde *. » Ces témoignages sont corroborés par ceux du nonce et du président Tisnacq ^.

Les envoyés de Gènes et de Venise curent lordre de pré-

1. a No saliô el rey de Madrid, ni aun a Aranjuez, ni a San Lorenço

â ver su fâbrica, tan atento al negocio del principe eslaba, i sospechoso d las murmuraciones de sus pueblos fieles y reverentes, que ruedos cslraordinarios en su palacio le hazian mirar si eran tumultos para sacar a Su Al-

teza de su camara » (Cabrera, liv. VIII, chap. v, p. 496.) — Four-

quevaulx écrivait, le 9 mars, à Catherine de Médicis : « Il est de cesto » cour comme d'un camp plein d'effroy, qui se donne à toutes heures des » alarmes pour néant; et de la moindre chose qui sedict ou qui peut toitt- » ber en soubçon, soudain ron croit qu'il soit ainsy.... »

2. (£ Des printzon halhen so ist es gantz still, ails ob er todt war... »

{Quellen, etc., p. 207.)

3. « Non si parla più de la cattura del principe, come se fosse Ira li difunli, fra i quali credo si possa connumerare. » (Lettre du 26 février.)

4. « Il princii>e di Spagna... è lalmcnte dimenticato da ognuno, che parc verameiite che non sia mai sliio al mondo. » (Dépêche du 30 mars.)

5. L'archevêque de Rossano écrit au cardinal Alessandrino, le 14 février :

senter «iu roi les compliments de condoléance de leurs gouvcTncmontP. Ni l'un ni l'aulre n'ignoraient combien cette rommis.^ion était délicate ; aussi accompagnèrent-ils de peu de paroles les lettres ([u'ils étaient chargés de déposer entre les niîiins du monarque *. Contre son habitude d'accueillir gracieusement et avec un sourire aimable les communications des ambassadeurs -, Philippe répondit au protonotaire Sauli, (l'un ton sévère, (|u'il étîiit assuré du bon vouloir du gouvernement génois, mais (jue, |>our Taffairo du prince» il n'y avait pas niatièn» à le manifester; il ajouta quelques autres paroles cpie Sauli n^ntendit point, car il parlait entre ses dents ^, S:i répcmse à Cavalli, aussi laconitpie, fut pourtant moins sèelie : il lui dit qu'il lirait la lettre du doge; (|u'il lui ét:(it agréable d'apprendre que Sa Séi'énité étaii dans dis dis|)ositions favorables à son égard; qu'il l'en remerciait beaucoup ; qu'il lui serait toujours bon ami *.

« Paro che iiella corte nun si parli piû ilel principe, » et le 2 mars : « Qni » in corte poco più si parla «Ici principe. » — Il y a deux lotiras de Tisnacq n Viglius. en date du 21 avril; il dit dans la première : « De nostrepriaco » n'y a ([ue I)icn granl silence... : » et dans la seconde : « Pour lo présent» » no s'en ));ir]u plusiry en sorte que soit, n

1. ce Le quuli letlere présentai, o con brevi parole, sapeudoche ëpratica

dollaquale parla niolto mal vuK'nlieri » (Lettre do Marcantooio Sauli au

doge do Gènes, du 30 avril 1568.) — v Quando poi io présentai la

loitera , giudicai bcnu di accompagnarla con poche parole, sapendo che U

'' re si cumuvo e uttrista assai quando li vien parlato longamente in tal

proposiio v (Lettre de Sigisniondo Cavalli au dogo de Venise, de la

mémo date.)

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