CHAPITRE XIV 4i
préoccupé de Tarreslation de don Carlos. Catherine de Médicis aimait à s'en entretenir, et ne laissait échapper aucune occasion de le faire. Un jour qu'on en discourait devant elle, elle dit qu'il lui avait été confié, sept ou huit mois auparavant, par Tamirol (Coligny) que le prince des Asturies conspirait contre son père, et qu'on pouvait s'attendre, à tout instant, à de grands troubles dans les royaumes d'Espagne : mais elle avait à peine prononcé ces mots qu'elle s'en repentit et réclama le secret de ceux qui se trouvaient là *. Une autre fois, en présence de Charles IX, elle interpella Alava lui-même, lui demandant s'il savait du nouveau sur le compte du prince ; il répondit qu'il ne savait rien de plus que ce dont il leur avait donné part. — « Connaissez-vous f particulièrement, reprit-elle, le connétable de Castille? » — Il fit une réponse affirmative. La reine et le roi lui dirent alors : « C'est le connétable qui a engagé le roi catholique à » prendre garde à ce qu'il faisait à l'égard de son fils, car il » était prince juré de Castille. » Ils appuyèrent beaucoup là-dessus -. A la fin ils s'enquirent d'Alava s^il était informé que la religion fut pour quelque chose dans les motifs de l'arrestation du prince : « Vous n'en devez pas, lui direnti> ils, montrer de surprise, puisqu'on tient pour certain
1. « .... Hâme emhiado à dezir una persona de bien que discurriendo , pocos d!as ha, en presencia desta reyna, en la detencion de Su Alteza, ciixo a uno la dicha reyna que havia sicte ù ocho meses que el almirante le liavia cerlificado que Su Alteza conjurava contra V. M.^ soplado de muchas personas parliculares, y que se podia cada dia esperar nueya (de al- ^na gran tormenta en losreynos de V. M., y que en diziéndolo, se arrepentiô de manera que cncomend6 que no se hablasse en la materia en Kiinguna parte ; y al que me lo ha emhiado à dezir le han dicho que lo olvidasse y que no tratasse dello nunca. » (Lettre d'Alava à Philippe II, Uu 1er mars 1568, aux Archives de l'Empire, à Paris, collection do Simancas, B. 22 94.)
2. Probablement d'après la lettre de FoarqaevauU du. 18 février. Voy. p. i03, note i.
» <{u\in Flamand vi doux Allemands attaches à la chambre )» de don Caiios lui ont donné en sccrel des livi'cs qui ne lui » ont fait aucun bien. » Alava se mita rire. Catherine de Médicis et Charles IX insistèrent. — o Vous nous avez dit » aussi (jue vous nv pouviez croire que le prince eut cods- » i)iré contre lo roi ; oi' il a été constaté qu'il avait] deux » |)etitcs arquebuses jiour exécuter son méchant dessein, et » qu'il a jKînsé le faire dans une voiture. » Alava rit plus fort; mais, cojnme ce renseignement Icjir venait, suivant eux, (le la mcillouio source, ils se moquèrent de lui. Ils désirèrcMit savoir (jui était le père du comte de Lemia ; il le leur apprit. Ils lui demandèrent s'il avait servi le roi ou rcmperour ; il réi)ondit (lu'il avait été grand niaitre de la reine donaJuana ^ Tous doux éclatèrent à ces mots, s'écriani: Oui ! oui ! Alava demeura impassible en les regardant. — « Croyez-vous, poursuivit la reine, que Montigny ail été » implitfué dans cette affaire? » — « Tout ce qu'on pourrait » me raconter de mauvais des i)arents de Tamiral, je serais >• disposé à y croire. » — La reine prétendit, tantôt qu^ différentes personnes le lui avaient assuré, tantôt que c'étai l'amiral, à l'époque où il était question du départ du roi d'E^ pagne pour les Pays-Bas ; l'amiral lui aurait dit alors : c L^ » roi catholique ne se rendra pas de si tôt en Flandre, g » il ne voudra pas cjuitter TEspagne dans la situation où elle » est^ » et comme elle le pressait de s'expliquer davantage^ il aurait ajouté : « Je vous promets qu'avant longtemps vouî » apprendrez des choses qui vous étonneront; * il faisai
1. Le père du comte de Lerma était don Luis de Sabdoval, matqais Dénia. U avait fait fidèle compagnie à Jeanne la FoUe, mère de Chariei-' Quint, durant son séjour au château de Tordesillas. Selon Gab (iiy. VIII, chap. V, p. 497), le comte de Lerma était Crée-attaché à aes^ Carlos.