CHAPITRE XIV
livre *. La lacune qui existe aux archives du Vatican est ainsi expliquée. Mais comment se rendre compte de celle que présente la collection des papiers d'Etat de Simancas ? Faut-il croire que Philippe II, après avoir écrit la lettre, en retint la minute ? ou qu'elle fut soustraite du negociado de Rome par Antonio Ferez, qui l'avait rédigée? L'une etTautre hypothèse est admissible.
Les termes suivants, dans lesquels Philippe annonçait à son ambassadeur à Rome l'envoi de cette lettre, avaient fait conjecturer qu'elle lèverait tous les voiles dont était restée couverte l'affaire de don Carlos : « J'écris de ma main à Sa » Sainteté ce que vous verrez par la copie ci-jointe. J'ai cru » devoir m'expliquer si particulièrement avec elle sur ce » cas du prince, afin qu'elle connaisse à fond ce qu'il en est, » qu'il ne lui reste aucun doute là-dessus, et qu'elle ferme » l'oreille aux autres choses qui se débitent. Quoiqu'il nes'a- » gisse pas, quant à présent, de faire une telle déclaration à » d'autres, il est juste et convenable qu'au saint-père je mar- » que cette confiance, et que je lui parle avec cette clarté^. » On va juger si le contenu de la lettre justifie la curiosité qu'elle a si fortement excitée.
Philippe la commençait en remerciant le pape des conso-
1. «.... Benevoli patris juslis petitionibus annuit piissimus rex, ad eum scripta , manu sua , episloia, quam ex proprio original! exscriptam , tam • quam verilatis irrefragabile testimohium , hic damus.... v{ Annales eccle* siastici, t. XXIII, p. 146.)
2. « A Su Santidad scrivo^de mi mano lo que vereis por la copia de ia carta que j un lamente con alla se os embia. Hàme parecido declararme tan particularmente con él en este caso del principe, para que entienda defundamento lo que en él hay, y no esté suspenso ni devajo de juicio y sospecba de otras cosas que en este negocio se discurren, y tenga satisfaccion del fundamento y fin que se tiene; y aunque por agora no conviene para con los demâs hacerse esta declafacion , con Su Santidad es justo y décente se trate con esta confianza y claridad. » (Lettre du 13 mai 1568 • Arch. do Simancas, Estado , leg. 906.)
4ifi DON CARLOS ET IMUIJPPE II
Intion? prrei<Mis(»p ot (fo? ?age3 avis qu'il avait puisés dans iisa réponse. Il rappelait au souwrain-pôntifeco qu'il lui avait (Vrit lo 20 janvier, et qui avait pu lui faire comprendre que ni la colère, ni l'indignation, ni quelque foute dont le prince son fils se serait rendu coupable, n'avaient motivé la mesure prise contre lui : mesure qui n'avait pas eu non plus pour objet (le le punir ou de réformer sa conduite. Il avait alors omis à dessein de dévoiler à Sa Sainteté certaines choses parliculières, pensant bien (|u'il aurait plus tard l'occasion de l'en entretenir. iMais à présent, désirant satisfaire Sa Sainteté au sujet de toutes ses actions, et principalement des plus considérables, mettant aussi en elle, comme en un véritabli^ père, une confiance sans limites, il venait lui découvrir entièrement ce qu'il y avait dans le fait du prince : elle pourrait, de cette façon, saisir sans peine le motif et le but du parti qu'il avait adopté.
« J*ai, disait-il donc, j'ai plus d'une fois considéré le fardeau que Dieu m'a imposé à raison des États et des royaumes dont il a daigné me confier le gouvernement et l'administration^ afin que j'y maintienne intactes la religion orthodoxe et Tobéissîmce au saint-siége, que j'y fasse régneiHa ])aix et la justice, et qu'après le peu d'années que j'ai à passer dans ce monde, j(^ les laisse en un état de stabilité et de sûreté qui garantisse leur conservation durable. Cela dépend surtout de la personne qui sera appelée à me succéder. Or il a plu à Dieu, pour mes péchés, que le prince eut tant et de si grands défauts, les uns procédant de son intelligence, les autres de son naturel, qu'il est complètement déix)urvu de l'aptitude requise pour le gouvernement des États. Je prévoyais, en outre, si la succession au trône venait à lui échoir après moi, de graves inconvénients et des dangers manifestes contre lesquels tout viendrait se heurter.
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Dans ce«* circonstances, et après qu'une longue et particulière expérience, après que F inutilité de touB les remèdes qui avaient été essayés, eurent fait reconnaître qu'il ne fallait attendre de lui que peu et' même point d'amendement; qu ainsi il n'y avait aucun espoir que les maux qui avec raison étaient à craindre pussent par l'effet du temps être prévenus, il a été jugé nécessaire de l'enfermer, pour ensuite et avec maturité examiner, selon Texigence de la chose, les moyens d'arriver à mes fins, sans encourir le blâme de personne. »
Philippe suppliait le saint-père de ne laisser transpirer rieii de ce qu'il venait de lui confier, quoiqu'on dut le divulguer plus tard, et quels que fussent les discours et les jugements du public sur là réclusion du prince. 11 lui confirmait ce qui lui avait été dit par son ambassadeur, que don Carlos ne s'était pas rendu coupable de rébellion; il l'assurait de même qu'il n'y avait pas de reproche à lui adresser par rapport à la foi. La vérité^ ajoutait--il, serait connue en temps opportun. Jusque-là, il avait voulu qu'il fui pourvu à tout ce qui concernait la commodité, les distractions et la dignité du prince ; il avait attaché plusieurs personnes à son service, et ordonné qu'on lui fournît en abondance les choses dont il aurait besoin. Enfin il s'était occupé des intérêts de son âme : il entendait que rien ne fût négligé à cet égard, selon que les circonstances et la disposition de son fils' le permettraient. Le prince aurait surtout un confesseur qui lui donnerait avec sollicHude des secours spirituels et de pieux conseils *.
Une recommandation particulière fut faite pài* lé roi à don Juan de Zùniga, en lui envoyant cette lettre. Il pouvait arri-