CHAPITRE XV
L*influence de la religion, les conseils et les exhortations de son confesseur, avaient fait de don Carlos un tout autre homme: il était devenu doux etliumain; on n'entendait plus sortir de sa bouche des paroles de haine et de mépris contre le rôi ^ Dans ces circonstances, une réconciliation
voyant le confesseur et de quel ressentiment il prenoit ladicle dilation, il prinst excuse que c'estoit à faulte qu'il n'avoit les appareils nécessaires pour parer la chapelle, et aultres choses requises à cest effet ; à cella le prince lui dict que, s'il œ laissoit à le communier pour aultre raison, qu'il n'y avoit lieu de laisser pour cella, car suffiroit de le traicter comme il fairoit à un particulier. Et ainsi se feit, car ledictê confesseur se revestit ot chanta la messe ; et sur le poinct de la communion, il vouloit que \q prince sortît de la chambre où il est arresté, et qu'il entrast en une petite salle où il disoit la messe : ce qu'il ne voulut faire, disant qu'il ne sorliroit de sa chambre sans l'exprèz congé de son père, mais qu'il le pourroil communier par les barres et treillis de bois qui sont entre ladicte chambre et la salle où est la chapelle : ce qui fut faict par ledict confesseur, qui loua grandement que le prince n'eust voulu passer les limites que le roy son père luy a mis. A cest acte furent présents Ruy Gomès , don Jehan de Borge, qui ayda à dire la messe, et don^ Gonçallo Chaquon. Duquel acte, et qu'il est devenu donlx et humain contre sa coustume, s'en faict grand'feste par ceux qui désireroient sa liberté, mesmement par ses sef" viteurs domestiques, prenant argument là-dessus que ledict prince n'a pas la faute de jugement et discrétion que le roy son père et aultres prétendent, car s'il n'estoit capable de bonne raison, on ne luy eust pas administré le sainct sacrement : par quoy ils espèrent que , parmi cette détention qui luy sert de pénitence et d'amendement, qu'il plaira à sondict père le délivrer et recevoir en grâce devant qu'il passe guères de temps. » Nonobstant toutes ces allôgations, j'ay apprins d'un seigneur qui sçait tout ce qui a passé, et plus des affaires dudict prince que ceulx qui en devisent, qu'en ce qui .touche la communion, il a esté advisé par les théologiens qu'il le failloit faire ainsy, pour oster l'opinion à beaucoup de gents, nomméement aux sacramentaires, qui publient que ledict prince est de leur secte (ce qu'il n'est, ains les hait mortellement), et ont dict iceulx théologiens que aux personnes travaillées de l'entendement, qui retournent par intervalles en quelque jugement et cognoissance de raison, leur pettlt estre donné le sainct sacrement lors dudict intervalle, comme il a esté administré audict prince ; mais, en effect, il n'y a en luy aulcun espoir qu'il soyt jamais sage ne digne de succéder, car son entendement empire tous les jours, et, par conséquent, n'y a lieu d'attendre sa liberté... »
1. Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 8 mai. — L'archevêque de Rossano écrit, le !«' mai : « Dicono che si sia molto ben ridotto a sup-
4fiO hON CARl.OS ET PHILIPPE il
(MUro II» pèiv oA le lils j)arai?sait possible autant que désn*able. Il y avait des gens (jui s'en flattaient : ils trouvaient la détention ?ul)ie par le prinee depuis trois mois une correction e( une ])eine suffisante des fautes qu'il avait commises, des torts qu'il avait eus ^
Mais Pliilippe II était implacable. Il avait bien voulu, sur l'avis (h' ses théologiens, consentir à ce que la communion fut donnée à son lils ; par là on imposait silence aux ennemis de l'Église qui, dans ses royaumes et à l'étranger, cherchaient à faire croin* que le prince était imbu des nouvelles doctrines religieuses^ : il n'entendait, pour le surplus, modifier en rien ses résolutions précédentes. Afin que, à la cour de Vienne, on ne déduisît point de cet acte des consé- (juences trop favorables à don Carlos , il écrivit à Timpératrice sa sœur que, si le ])rince avait été admis à la communion, ce n'était pas qu'on eut reconnu en lui les dispositions d'esprit et de cœur qu'un sacrement aussi élevé exigeait, c'était parce que son confesseur, à qui l'on s'en était remis, Tavait jugé ainsi convenir ^. « Comme quelques-uns, ajou- » tait-il, ont voulu inférer et tirer argument de là qu'il n'y
» portare in patienza qiiesta ritenzione. » — Fou rqaevaulx. avait écrit le 96 mars : a ... Il ne so peult tenir do dire et de faire des folies et de mal » parler, lesquelles choses l'accusent de mal sage et d'ennemy du roy son » père. » — Fa NobiliJ^' 30 mars : k (Inn tntto ciô, si sach'egli sta moilo » duro e superbo. »
1. Lettre de FourqueVauk, du 8 mai, insérée plus haut. — Hopperns mandait ù. Viglius, le SS avril : « Quod Dennetierus fortasse recensebit de » principis nostri rébus paulo melioribus,quotidie confirmatur; nec dosant » qui spprcnt brevi fore ut libcrelur, vel certe laxius habeatur : quod p08- » terius salis mihiiit verisimile...» [HopperiEpistolœ adVigHum,p, 172.)