‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 326 sur 358 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

est l'apologie que Philippe II nous a laissée de sa conduite. Le lecte ur Tapp ré ciera .

Nous avons cru devoir faire précéder de ces considéra- . tions le récit que nous avons à donner de la maladie «t de la mort de don Carlos. Ce récit, on Ta compris déjà, ne sera pas emprunté aux actes officiels : nous ayons puisé à des sources moins suspectes; les dépêches du nonce, celles des ambassadeurs de France, de Venise, de Florence *, voilà quels seront nos garants. En dépit des mesures prises par Philippe II pour qu'un mystère impénétrable régnât autour de la prison de son fils, les faits dont la tour du palais royal de Madrid fut témoin ne pouvaient pas tous échapper à Toeil vigilant de diplomates qui avaient tant d'intérêt à en être instruits.

Vers le milieu du mois de juillet, on servit sur la table de don Carlos un pâté de perdrix ; il avait «iangé de plusieurs autres plats; il mangea le pâté de perdrix tout entier 2, avec la croûte qui renfermait. Comme celle-ci était fortement épicée , il se sentit bientôt dévoré d'une soif ardente : pour Tapaiser, il but, coup sur coup, pendant toute la journée, de Teau refroidie avec de la neige ». De pareils excès ne pouvaient avoir que des suites déplorables. La nuit, don Carlos eut une violente indigestion,

et eu Allemagne, du 29 juillet 1568, dans la Coleccion de documentos inéditos, elc, l. XXVU, p. 39.

1. Les lettres du baron de Dietrichstein à l'empereur, publiée? par M. Kocu, ne vont pas plus loin que le 25 mai 1568. — Dans le Serapeuniy xvi^aDQée, pp. 137-UO, M. Seidemaxn, à propos du livre espagnol La selva de aventuras, de Contreras, a donné une lettre écrite de Madrid, le 26 juillet 1568, par un envoyé de la maison de Saxe, sur la mort de don Carlos. Les détails qu'elle contient sont, à peu de cliose près, les mêmes que ceux qu'on trouve dans une lettre de Nobili du 30 juillet»

^. Quatre perdrix formaient ce pâté, selon la lettse de Nobili du 30 juillet.

3. Nobili dit qu'il en but trois cents onces. L'envoyé de \^ maison d^S^e dont ii est question à la note 1 ci-dessus, écrivit la même chose à sa cour.

accoiupaîJcnêe de relàclieineiil de restomsic et des cntroilles, de vomissemenls, de flux de ventre incessants. Les médecins furent ap|>clrs. Le prince, décidé à en finir avec la vie, ncî voulut prendre aucun des remèdes qu'ils prescrivirent '.

Le 19 juillet, Tétat de don Carlos ne laissait déjà plus d'espoir. Le roi permit ce jour-là ([u'oii divulguât sa maladie =^; jusiju'alors, par son ordre, le secret en avait été ^ardc. On reniarqua, à partir de ce Aioment, dans les sentiments et dans le langaj^e du royal prisonnier, un changement dont s'émerveillèrent tous ceux qui rentouraient, comme si Dieu — aiïisi récrivit l'ambassadeur de Venise au doge Loredano ^ — eut voulu lui donner, en abondance, à la veille de mourir, le jugement qui lui avait manqué pendant sa vie. Certain désormais d'une fin prochaine, heureux de penser qu'il était arrivé au terme de ses souffrances, don Carlos ne songea plus qu'à mettre ordre à son àme, et à préparer son salut dans un monde meilleur. 11 fit appeler fray Diego de Chaves, et se confessa avec une dévotion exemplaire. Les vomissements continuels qu'il avait ne lui I)erinettant pas de recevoir le saint-sacrement, il Tadora avec beaucoup d'humilité et avec les marques d'une contrition parfaite ^ Bien qu'il eut consenti dès lors à accepter les soins des médecins, il montrait, selon les expressions de

1. Lettres deCavalli, diit>4, et de Nobili, du 30 jaillet'1568.

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