CHAPITRE XV
lions inouïes atin que rien ne transpirât de ce qui se passerait dans la prison de son fils : les gardiens de don Carlos étaient avertis que la moindre indiscrétion les exposerait à encourir la disgrâce du maître, et même à être traités en criminels de lèse-majesté. Philippe était ainsi , ou du moins il pensait Tétrc , bien assuré que les récits qu'il lui plairait de divulguer de la maladie et de la mort du prince ne trouveraient pas de contradicteur ; or , il avait trop d'intérêt à ce qu'on crut aux excès et aux désordres de son fils, pour ne point les exagérer, s'il ne les inventait pas. Il atteignait par là un double but : il donnait une couleur naturelle à la lin prématurée du jeune prince, et il justifiait sa détention.
Ce n'est pas que nous prétendions que don Garlos n'ait fait aucune extravagance. Dans la position horrible où il se voyait réduit, le désespoir aurait égaré une raison plus forte que la sienne. Deux mois environ avant sa dernière maladie, Tambassadeur de Venise, causant avec une personne du palais de qui il recevait habituellement des confidences , lui exprimait Tcspoir que les souffrances de ce prince le rendraient plus avisé et plus sage à Tavènir : « S'il ne perd pas » la cervelle, — lui répondit son interlocuteur — ce sera » un signe qu'il l'avait perdue déjà *. »
. Même en tenant pour vraies toutes les extravagances attribuées à don Carlos dans la relation officielle, l'histoire n'aurait-elle aucun compte à *• demander à Philippe II ? Ne seraitelle pas en droit de lui adresser tout au moins un reproche, celui de les avoir facilitées, sinon favorisées ? Car enfin,- par
1. a ... Sua Alteza... ogni giorno diventa più magro, seben maogia molto (ji più queilo clie facceva. £t dicendu io a questo mio confidente che mi narré lai cose. coine il principe con quesli iravagli potria forse diventarpiù avedultu c cauto, auzi, disse lui ein termine, che se non perde il cervello, sarà segno che prima l'haveaper^ulo... » (Lettre de Cava'li, du7mail568.i
44k> DON CAKLOS ET PHILIPPE il
k< ordres de ({ui k plancher de la ehaïubre du prisonoier élait-il airosé incH?ssamineiit? qui lui procurait l'eau glacée donl il usait avec si peu de masure , et la glace qu'il introduisait dans son lit? NV'tait-ce pjis Kuy Gomez , Yàme damnée du roi ((|iron nous passe cette expressioD), qui présidait à tous les détails du régime auquel ét;\it soumis le ])etit-fil8 de Charh'S-Uuini ï
Philippe sentit si bien que ce reproche lui serait adressé, qu'il essaya A y répoudre d*a\ance dans les instructions qui Fureni transmises à ses ambassadeurs : a II paraîtra peut- » être à queKpies-uns — leur écrivit confidentiellement le 1) secrétaire d'État Zayas — (ju'on aurait pu et du remédier .*> aux désordres du prince, d'abord en le i)ersuadant et le A suppliant de ne pas les commettre, ensuite en ne lui per- )* mettant pas et en ne lui donnant pas les moyens de le » faire. Mais Votre Seigneurie et tous ceux qui ont connu le ]» caractère et le naturel de Son Altesse, ceux surtout qui » l'ont piatiquée, en jugt.Tont autrement : car il est certain D que, si Ton avait agi ainsi Uvec elle, elle se serait livrée 3» à d'autres folies plus funestes encore à sa vie, et, ce qui > est pij*e, à son âme. D'ailleurs, selon la complexion du » prince, eonnne selon l'opinion qu'on avait et qu'il avait » lui-même de sa force, on ne devait })as supposer que les u désordres en question auraient eu de telles conséquences ; » ci ils ne les auraient ])as eues véritablement, si Son Altesse » ne se fut refusée à manger, et si elle n'avait persisté dans » ce refus pendant tant de joui*s que, quand bien même, » avant cela, sa santé eût été excellente, la conservation de » son existence serait devenue im{)ossible : or, on n^aurait » su faire plus qu'on ne fit pour qu'elle mangeât '. » Telle
l»lLeUre du secrétaiie Zayae aotL ambusadeurs m FraiMw, «n Aflfietem